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This article presents a sympathetic critique of degrowth scholarship, which reproduces anthropocentric...
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Interculturalités Chine-France est une revue orientée vers la diffusion des approches interculturelles et intertextuelles des connaissances dans les domaines des arts, des littératures et des langues. Elle s’adresse à un large public composé de professionnels (enseignants, chercheurs, étudiants) et de façon générale à toute autre personne intéressée par ces sujets.
Traitement du lexique des émotions dans les dictionnaires d'apprentissage français-chinois*
YANG, Na
(Faculté d'études françaises, Université des Études internationales du Sichuan, Chongqing, 400031)
Résumé : Le lexique des émotions constitue une classe de mots difficile à définir et à traduire dans les dictionnaires. En analysant et en comparant la représentation sémantique de ce champ lexical dans les cinq dictionnaires d'apprentissage français-chinois les plus courants en Chine. Cette étude montre qu'il existe des insuffisances telles que le manque de renvois systématiques dans la macrostructure, l'incohérence sur la mention des collocations, la négligence du mécanisme de la motivation sémantique et l'ambiguïté sur la définition des termes sémantiquement proches. Malgré ces insuffisances, chaque ouvrage lexicographique présente des caractéristiques distinctes, certains fournissent des informations précieuses pour l'apprentissage du français langue étrangère.
Mots clés: traitement, dictionnaires d'apprentissage français-chinois, lexique des émotions
Introduction
L'enquête menée auprès des apprenants chinois du FLE nous montre leur limite dans la maîtrise du lexique émotionnel et nous dévoile également leurs difficultés ainsi que leurs besoins réceptifs et productifs concernant ce champ lexical. Dans cet article, nous examinerons le traitement du lexique en question dans quelques dictionnaires d'apprentissage français-chinois, afin de voir s'ils répondent adéquatement aux besoins spécifiques d'information des apprenants chinois, de vérifier si ce lexique est décrit en fonction des liens catégoriques et de déterminer les points forts ainsi que les insuffisances de ces dictionnaires.
Concrètement, l'objectif consiste à examiner dans quelle mesure et de quelle manière le lexique des émotions est abordé dans les dictionnaires. En vertu des principes de l'approche de définition multidimensionnelle catégorisée, prenant compte des caractéristiques sémantiques du lexique des émotions et du processus d'acquisition des apprenants, nous analyserons si les relations lexico-sémantiques ont été bien révélées dans les dictionnaires observés, si les informations sur les collocations et les expressions figées ont été suffisamment abordées et de façon systématique et organisée, si les caractéristiques communes et celles particulières ont été mises en évidence pour rendre compte des liens et des nuances sémantiques.
1. Aperçu général des dictionnaires choisis
Dans cette section, nous présenterons les dictionnaires sélectionnés, l'état de mention du lexique en question, ainsi que les éléments constitutifs de la microstructure.
1.1 Dictionnaires sélectionnés
Cinq dictionnaires d'apprentissage ont été sélectionnés par leur grande renommée et popularité chez les apprenants chinois : Nouveau dictionnaire français-chinois (NDFC) ; Larousse : dictionnaire de la langue française avec explications bilingues (LDFEB) ; le Robert : Dictionnaire Français-chinois (RDFC) ; Grand dictionnaire français-chinois du nouveau siècle (GDFCNS) ; Larousse: dictionnaire français-chinois (français-français/français-chinois) (LDFC). Ils peuvent être divisés en deux catégories : deux bilingualisés (LDFEB et LDFC), issus de l'édition Larousse et trois bilingues (NDFC, GDFCNS et RDFC). D'ailleurs, trois des ouvrages sont des adaptations des dictionnaires classiques monolingues, c'est-à-dire des versions traduites et abrégées des originaux français. Le tableau ci-dessous résume les ouvrages lexicographiques étudiés:
|
Titre |
Type |
Maison d'édition |
Rédacteur en chef |
Nombre d'entrées |
Année de publication |
Public cible |
|
NDFC |
bilingue |
STPH |
ZHANG Yinde |
65000 |
2000 |
Apprenants de français, francophones |
|
LDFEB |
bilingualisé |
FLTRP |
XUE Jiancheng |
38000 |
2001 |
Non spécifié |
|
GDFCNS |
bilingue |
FLTRP |
CHEN Zhenyao |
120000 |
2009 |
Non spécifié |
|
RDFC |
bilingue |
CP |
ZHANG Wenying |
22000 |
2010 |
Apprenants sinophones |
|
LDFC |
bilingualisé |
CP |
Jean Dubois |
35000 |
2014 |
Apprenants, enseignants de français |
Tableau 1 Présentation des cinq dictionnaires analysés
Il convient de souligner que les cinq dictionnaires sont publiés par des éditeurs prestigieux en Chine, ce qui leur confère un statut de qualité élevée et un taux d'acceptation significatif. S'agissant des nombres d'entrées, le GDFCNS se distingue par la plus grande ampleur de sa nomenclature, en tant que grand dictionnaire de langue qui intègre également des informations encyclopédiques. En revanche, le RDFC présente le moins d'entrées, du fait que ses rédacteurs ont exclu les termes techniques et professionnels. Cette disparité quantitative entre les dictionnaires sélectionnés ne présente pas de difficultés pour notre étude, car le lexique des émotions relève d'un domaine lexical commun et fréquemment utilisé. Nous anticipons que les variations se manifesteront principalement dans la mention de certains termes obsolètes ou dans la manière de regrouper ou de dégrouper des mots appartenant à la même famille morphologique. Quant aux utilisateurs, certains éditeurs ne précisent pas leur public visé, se contentant d'indiquer qu'il s'adapte aux besoins pédagogiques de la langue française et peut satisfaire les intérêts des apprenants (LDFC) ; ou qu'il est fréquemment utilisé par les lecteurs qui apprennent et utilisent le français (NDFC). Le LDFEB et le GDFCNS ne fournissent pas cette information. Seul le RDFC indique explicitement qu'il est destiné aux apprenants sinophones. Concernant l'emploi de corpus, à l'exception du RDFC qui stipule que toutes les entrées proviennent de l'oral, de journaux et de magazines, sans référence précise, les quatre autres dictionnaires ne dévoilent pas les sources des informations, on peut donc en déduire que l'intuition des rédacteurs et les dictionnaires de référence jouent un rôle important dans leur élaboration.
1.2 Mention du lexique des émotions dans la macrostructure des dictionnaires
Constituant un champ lexical fréquemment employé dans la vie quotidienne, la plupart des termes du lexique des émotions sont répertoriés comme entrées indépendantes dans les dictionnaires examinés. La différence se trouve principalement dans le traitement des lexèmes d'une même famille morphologique et des locutions. Concernant les dérivés morphologiques, une partie des dictionnaires leur donnent le statut de mot vedette, tandis que d'autres les placent en sous-entrées ou les mentionnent dans les exemples, d'autres les négligent. Quant aux locutions, elles sont généralement introduites sous l'entrée du lexème pivot.
Nous avons prélevé une sous-ensemble de familles morphologiques et les avons classées en deux catégories selon leur fréquence. Les tableaux ci-dessous illustrent cette division : le tableau 2 comprend cinq familles moins fréquentes, avec les chifrres exacts d'apparition dans le corpus; le tableau 3, en revanche, regroupe des familles plus fréquentes, pour lesquelles cent exemplaires par famille ont été tirés et les catégories grammaticales ont été identifiées manuellement, permettant d'établir les pourcentages de fréquence. Il est observable que, dans certaines catégories morphologiques, les membres présentent des déséquilibres quantitatifs ; par exemple, dans la catégorie « abasourdir », seules les formes adjectivales en participe passé sont présentes, tandis que, pour « ahurir », les formes verbales sont absentes et les formes nominales sont rares. De plus, pour les familles « apeurer » et « effarer », les adjectifs sont nettement plus fréquents que les verbes.
|
CG |
Lexèmes et nombres d'occurrences dans le corpus |
|||||
|
N. |
abasourdissement 0 |
ahurissement 3 |
Ø |
effarement 11 |
exaspération 43 |
ébahissement 11 |
|
V. |
abasourdir 0 |
ahurir 0 |
apeurer 2 |
effarer 1 |
exaspérer 129 |
ébahir 18 |
|
Adj.1 |
abasourdi,e 76 |
ahuri,e 47 |
apeuré,e 90 |
effaré,e 58 |
exaspéré,e 36 |
ébahi,e 109 |
|
Adj.2 |
abasourdissant,e 0 |
ahurissant,e 52 |
Ø |
effarant 29 |
exaspérant,e 28 |
Ø |
Tableau 2 Nombre d'occurrences de quelques familles morphologiques
|
CG |
Lexèmes et nombres d'occurrences dans le corpus |
||||
|
N. |
étonnement 6% |
surprise 46% |
Ø |
irritation 15% |
effroi 103occ. |
|
frayeur 143occ. |
|||||
|
V. |
étonner 27% |
surprendre 21% |
fâcher 17% |
irriter 29% |
effrayer 26% |
|
s'étonner 19% |
se fâcher 34% |
s'irriter 4% |
s'effrayer 0 |
||
|
Adj.1 |
étonné,e 19% |
surpris,e 14% |
fâché,e 49% |
irrité,e 18% |
effrayé,e 25% |
|
Adj.2 |
étonnant,e 23% |
surprenant,e 11% |
Ø |
irritant 17% |
effrayant,e 49% |
Tableau 3 Représentation des nombres d'occurrences de quelques familles morphologiques
L'analyse comparative des traitements lexicographiques et des fréquences dans le corpus révèle les observations suivantes : le RDFC répertorie les mots en fonction de leur fréquence ; les dictionnaires locaux, en cherchant à être exhaustifs, ont inventorié une large gamme de termes, mais le rejet du mot exaspéré est injustifiable ; les deux Larousse n'incluent pas les adjectifs en participe passé sauf si leur fréquence dépasse celle de leurs formes verbales, ce qui explique pourquoi ahuri, apeuré et effaré sont traités comme des entrées autonomes, tandis qu'étonné, surpris, irrité et effrayé ne le sont pas, bien que ébahir soit inclus au détriment d'ébahi, malgré une utilisation plus fréquente de ce dernier. De plus, l'adjectif fâché, ayant une fréquence similaire à sa forme verbale, est omis par le LDFC, ce qui est également difficile à justifier. En somme, les dictionnaires examinés n'ont pas adopté de critères objectifs cohérents, présentant un manque de systématicité dans la mention des dérivés morphologiques, en particulier pour les formes en participe passé, et leurs choix d'entrées semblent arbitraire. Cependant, parmi eux, le RDFC reste le mieux adapté aux usages réels des mots.
1.3 Éléments constitutifs principaux des entrées
Les faits linguistiques sont présentés principalement à l'intérieur des entrées du dictionnaire, dans la microstructure. Celle-ci englobe en général plusieurs catégories d'informations servant toutes à décrire les propriétés linguistiques du mot-vedette dont les usagers auraient besoin. Comme l'indiquent les données du tableau 4, les types d'informations varient peu d'un dictionnaire à l'autre.
|
Caté. Diction. |
étym |
CG |
défi |
ex
|
équiv |
syn |
ant |
synt |
coll |
étiqu |
marq. d'usage |
|
NDFC |
|
☆ |
|
+ |
☆ |
|
|
+ |
+ |
+ |
+ |
|
LDFEB |
☆ |
☆ |
☆ |
☆ |
☆ |
☆ |
+ |
+ |
+ |
+ |
+ |
|
GDFCNS |
|
☆ |
|
☆ |
☆ |
|
|
+ |
+ |
+ |
+ |
|
RDFC |
|
☆ |
|
☆ |
☆ |
☆ |
|
+ |
+ |
+ |
+ |
|
LDFC |
☆ |
☆ |
☆ |
☆ |
☆ |
☆ |
+ |
+ |
+ |
+ |
+ |
Tableau 4 Éléments constitutifs principaux des microstructures des dictionnaires examinés
« ☆ » indique la présence des informations systématiques dans les dictionnaires concernant les domaines indiqués
« + » indique des propriétés concernées dans seulement une partie des entrées.
Concernant les caractéristiques les plus partagées par l'ensemble des dictionnaires, le tableau 4 affiche les principales catégories qui constituent la description du lexique des émotions dans les dictionnaires observés. Mise à part la prononciation qui est absente du tableau, ces catégories sont : la catégorie grammaticale (CG), y compris le genre des noms, les équivalents en chinois (équiv), les exemples d'emploi, les étiquettes désignant le registre ou le style de langue, parfois des annotations syntaxiques (synt), quelques collocations (coll) et des marques d'usage (marq d'usage).
La principale différence observée entre eux réside dans l'apport des synonymes ou des antonymes (seuls les trois dictionnaires importés fournissent des synonymes) ; parmi eux, les deux Larousse ajoutent parfois aussi des antonymes et fournissent également des définitions en français, ainsi que les informations étymologiques, ce qui les rend particuliers par rapport aux trois autres.
2. Représentation sémantique du lexique des émotions dans les dictionnaires examinés
Il est nécessaire d'évaluer, d'un point de vue métalexicographique, la représentation formelle et sémantique de ce lexique dans les dictionnaires, nous proposons donc d'analyser ci-dessous, la forme et le contenu des représentations sémantiques de notre champ d'études, afin de mieux connaître l'état de l'art dans le domaine et également de voir ce qui reste à améliorer.
2.1 Points communs sur la représentation sémantique
D'abord, tous les ouvrages du corpus signalent les catégories grammaticales après la prononciation, cependant, le RDFC est moins précis pour les sous-catégories des verbes. Les termes appartenant à plusieurs catégories grammaticales sont soit traités sous une entrée principale avec des acceptions distinctes (ex. : panique comme nom et adj.) soient comme entrées indépendantes (ex. : 1chagrin n.m. et 2chagrin (e) adj.). Seul le RDFC omet ces termes en tant qu'adjectifs, considérant leur utilisation moins fréquente. Quant aux équivalents, ils en fournissent tous, généralement de 2 à 7, la plupart en offrent entre 2 à 4, offrant ainsi des choix mais aussi des confusions possibles.
Puis, s'agissant des synonymes, les trois dictionnaires en question les présentent généralement après les exemples, facilitant ainsi une contextualisation sémantique. Cependant, à l'exception du LDFC qui indique parfois les degrés d'intensité, aucun ne distingue explicitement les nuances entre les synonymes, ce qui pose un défi pour les apprenants. Les structures syntaxiques et les collocations sont mentionnées de manière disparate et sans principe systématique : elles ont été mises en gras (RDFC, LDFEB), en italique (LDFC), ou listées tout simplement (GDFCNS, NDFC). D'ailleurs, aucun ne décrit les mécanismes cognitifs sous-tendant les collocations ou les extensions sémantiques.
Enfin, Les flexions telles que les conjugaisons verbales, que ce soit régulier ou irrégulier, ne sont pas détaillées dans la microstructure, ils font plutôt les renvois chiffrés aux appendices. Certains mots-vedettes reçoivent des étiquettes sémantiques indiquant leur registre ou mécanisme d'extension sémantique. Aucun dictionnaire ne signale les points difficiles ou susceptibles d'engendrer des erreurs interlinguales. Ce genre d'informations s'avère d'une nécessité impérieuse dans les dictionnaires d'apprentissage.
Bref, bien que tous ces dictionnaires opèrent la distinction de principe entre les informations lexicales, sémantiques, syntaxiques, pragmatiques et d'usage, dû au fait que les éléments de la microstructure sont organisés selon les différentes catégories de la grammaire traditionnelle, aucun n'a pensé à mettre en rapport les différents éléments de la microstructure. Autrement dit, ils ont négligé les liens divers dans le système linguistique et n'ont pas révélé la structure naturelle du réseau lexico-sémantique, qui est si importante pour l'ancrage cognitif et également pour la production. Par conséquent, ceci les empêchera d'aider les apprenants à amorcer tout type d'associations lors de la cognition linguistique.
2.2 Différences sur la représentation sémantique
Il est attendu que toute information fournie dans un dictionnaire soit bien précisée pour guider l'apprenant. Ceci n'implique pas que les informations données soient identiques ; elles peuvent se différencier par la nature des définitions fournies et par la façon dont elles sont présentées. Après avoir examiné en détail les microstructures des dictionnaires, des différences ont été observées sous les aspects suivants:
2.2.1 Organisation des acceptions
Cette recherche, axée sur les sens émotionnels des termes, souligne l'importance de la polysémie, notamment pour les verbes, dont, les sens émotionnels sont souvent dérivés métaphoriquement ou métonymiquement. Il est donc essentiel d'examiner les acceptions d'origine, souvent concrètes, pour comprendre leur organisation lexicographique. En outre, les termes polysémiques présentant des sens émotionnels divers et appartenant à plusieurs classes grammaticales exigent une analyse des dictionnaires pour déterminer s'ils sont regroupés sous une seule acception ou séparés en sens distincts.
Dans l'ensemble, les dictionnaires tendent à intégrer les différentes utilisations conceptuelles d'un terme dans une entrée principale, ce qui est une pratique partagée par les dictionnaires importés. Prenons l'exemple du terme « horreur » : une comparaison (figure1) des traitements dans GDFCNS et RDFC révèle que le premier distingue les deux sens (peur et dégoût), tandis que le deuxième regroupe les deux sens dans une seule acception, en énumérant des équivalents et des synonymes. Notons par ailleurs que les dictionnaires LDFEB et LDFC adoptent le même procédé que le RDFC, ce qui en appauvrit la portée et l'utilisation.
Figure 1 Les entrées horreur des dictionnaires GDFCNS (gauche) et RDFC (droite)
Pour la question des termes polysémiques obtenant le sens d'émotion par la métaphore ou la métonymie, le RDFC accorde priorité à la fréquence pour l'ordonnancement des acceptions. Si les sens propres des termes sont désuets ou rares, ce dictionnaire a choisi soit de les omettre (ex. abasourdi, agacer, choquer, exaspérer, ulcérer, etc.) soit de les placer derrière les sens d'émotion (ex. : accabler, excéder, irriter, outré, pétrifier, etc.). De même, si les sens figurés (d'émotion) sont rarement utilisés, ils seront mis après les sens propres (ex. abattre, bouleverser, crisper, douleur, renverser, etc.). Le NDFC et le GDFCNS ont, pour leur part, surtout adopté des critères logiques (du général au particulier, du propre au figuré), sans tenir compte de la fréquence ou de l'activité des sens. Les deux Larousse ne suivent pas de critères systématiques, alternant entre l'ordre logique et celui de fréquence, et il n'y a pas de consensus entre eux pour certains termes, le LDFC allant même jusqu'à regrouper les sens propres et figurés pour certaines entrées. En un mot, les dictionnaires observés manquent de cohérence sur le traitement des termes d'émotion polysémiques.
2.2.2 État de mention des collocations
Les recherches lexicographiques, linguistiques et didactiques démontrent toutes qu'il faut attacher une grande importance aux collocations, surtout quand il s'agit du lexique des émotions où les collocations sont particulièrement riches et nécessitent d'être présentées dans les dictionnaires de façon cohérente et systématique. Notre enquête susmentionnée auprès des apprenants chinois révèle l'absence de toute référence à cette exigence dans les ouvrages examinés.
Parmi les dictionnaires étudiés, le GDFCNS est celui qui fournit le plus grand nombre de collocations. En utilisant l'exemple des entrées de colère (figure 2) dans le LDFEB et le GDFCNS, d'emblée on constate une différence entre les deux : l'entrée de gauche est beaucoup moins riche que celle de droite en matière de collocation et d'idiotisme. La description de droite facilite la compréhension du mot-vedette et contribue à la formulation d'énoncés, un élément essentiel pour tout dictionnaire d'apprentissage. En revanche, la microstructure de gauche ne contient aucune collocation, offrant seulement un exemple en phrase entière, qui, bien qu'englobant une structure combinatoire (être en colère), est loin d'être suffisante pour les apprenants qui cherchent à produire des énoncés à partir des modèles proposés par le dictionnaire, en utilisant les collocations possibles du mot-vedette. L'examen des autres dictionnaires révèle que le traitement des collocations dans le RDFC et le LDFC est similaire à celui du LDFEB ; ces trois dictionnaires, d'origine étrangère, manifestent tous ce défaut, probablement en raison de leur modèle basé sur des dictionnaires monolingues, rédigés par des natifs. Comme l'ont expliqué Binon et coll., Cavalla et Bak Sienkiewicz, les natifs emploient les collocations sans effort et de façon inconsciente puisqu'elles sont naturellement ancrées dans leur savoir linguistique, ce qui explique peut-être leur omission dans les dictionnaires, ignorant ainsi leur importance. Au contraire, les deux dictionnaires locaux accordent une grande importance à ces associations syntagmatiques. Il est à noter que le NDFC, bien qu'ayant une taille moyenne, possède une nomenclature considérable, presque double de celle des Larousse, il liste de nombreuses expressions dans ses articles, mais parfois, par souci d'économie d'espace, il est obligé d'abandonner des exemples en phrases entières.
Figure 2 Les entrées colère des dictionnaires LDFEB (gauche) et GNFCNS (droite)
2.2.3 Procédés de définition
Les deux éditions de Larousse sont les seuls à fournir des définitions en français. Il ne sera donc question, dans cette section, que des deux dictionnaires bilingualisés, qui optent tous les deux pour le format court de définition, c'est-à-dire qu'ils résument en quelques mots, voire des synonymes, les sens du mot-vedette. La seule différence intéressante entre ces deux modèles se rapporte surtout aux verbes, telle qu'illustrée par l'exemple des définitions de « craindre » (figure 3). Le LDFC met le mot défini dans des constructions typiques avant de le définir (craindre qqn, qqch, craindre que…), ce qui signifie qu'au lieu de décrire le terme en isolation, il l'inclut dans un segment de discours. Cette interprétation du terme constitue un avantage de ce dictionnaire ; en effet, il est admis que les mots isolés n'ont pas de sens, mais seulement des virtualités de signification ; leur sens se définit uniquement par leur combinaison avec d'autres mots. Il est donc préférable de les situer dans des constructions morpho-syntaxiques qui indiquent les positions actancielles sémantiques pour les décrire. De cette manière, les apprenants se feront une idée de la structure syntaxique et de la nature des actants éventuels que le prédicat contrôle. La figure ci-dessous illustre également une autre particularité du LDFC, l'utilisation de symboles pour indiquer l'intensité de la relation qui existe entre un mot-vedette et un de ses synonymes : ici, parmi les synonymes proposés pour craindre, le symbole « ↑ » signifiant « plus fort » est devant REDOUTER.
Figure 3 Les entrées craindre des dictionnaires LDFC (gauche) et LDFEB (droite)
En résumé, très peu de mises en relation entre les entrées dans la microstructure sont observées. Dans les deux dictionnaires locaux, il n'existe pratiquement aucun renvoi mutuel entre les entrées, et parmi les trois autres, bien que des synonymes y apparaissent, leurs nuances ne sont pas élucidées. Concernant les antonymes, ils sont encore moins abordés. Ces observations indiquent que les dictionnaires en question accordent une attention insuffisante au réseau lexical naturel et négligent l'organisation du lexique en fonction de sa structure lexico-sémantique. De plus, certains dictionnaires ne sont pas adaptés aux expressions et aux collocations, celles-ci ne sont que rarement mentionnées, même si certaines figurent dans les exemples, il est difficile pour la plupart des apprenants d'en abstraire et d'en déduire le schéma syntaxico-sémantique d'une catégorie conceptuelle. En outre, pour les collocations à valeur métaphorique, aucun critère concernant la notion de métaphore ou à la classement systématique des constructions n'a été observé.
3. Insuffisances de la définition/traduction du lexique des émotions dans les dictionnaires examinés
La qualité du dictionnaire est déterminée surtout par la qualité des définitions. Selon nos résultats antérieurs, trois des dictionnaires observés (RDFC, NDFC et GDFCNS) n'apportent que des équivalents assumant cette fonction, les deux bilingualisés (LDFEB et LDFC) suivent le modèle de « définition + équivalents ». Dans cette section, nous cherchons à analyser et comparer les définitions et les équivalents fournis, dans le but d'identifier des problèmes potentiels.
3.1 Analyse des définitions
D'une part, le définitions sont parfois imprécises, comme le démontre l'exemple des termes de la catégorie « colère », le même définisseur irriter/irritation (causer de l'irritation à, irriter qqn...) a été utilisé pour expliquer l'ensemble des mots de la sous-catégorie « début de colère » tels que agacer, énerver, exaspérer, hérisser, etc. De même, le mot indigner et ses dérivés ont été employés pour définir la quasi-totalité de ses synonymes. Une telle approche ne permet pas d'élucider le sens du mot-vedette, car elle omet de présenter le contexte. De plus, le défnisseur irritation, étant polysémique, n'est pas un choix idéal ; son sens propre est encore en usage fréquent; selon Landau, « si un mot employé dans la définition est polysémique, son sens particulier dans le contexte doit être précisé par le reste de la définition. » Il vaudrait mieux choisir des termes prototypiques, non marqués et non polysémiques comme définisseurs ou les contextualiser afin d'éclairer le sens désigné.
D'autre part, les distinctions entre certains synonymes ne sont pas clarifiées, comme l'indique l'exemple suivant, dans le LDFEB, le verbe « agacer » est défini comme « causer de l'irritation à », sans explication de la différence entre les deux synonymes. De plus, les membres de la sous-catégorie « colère purement morale » sont définis par « indigner, indignation » sans précision supplémentaire. La définition lexicographique du nom « indignation », proposé par le LDFEB, « sentiment de colère que provoque qqn, qqch », est peu informative, car elle ne souligne aucune particularité par rapport aux autres membres de la catégorie et se contente de le définir comme un synonyme de colère. Dans le LDFC, la forme verbale « fait de s'indigner » est employée pour définir le terme indignation, une pratique courante dans les deux dictionnaires, elle a l'avantage de mettre en relation les mots issus d'une même famille morphologique, mais peut parfois tomber dans le cercle vicieux. Enfin, les définitions de fureur et furie dans le LEFEB sont respectivement « colère violente » et « violente colère », qui ne marquent rien sur leur nuance, et l'on a même employé furie pour définir fureur. Pour définir le terme furie, Le LDFC change le définisseur en « emportement », qui met l'accent sur l'accès violent de la colère, le désir incontrôlable de manifester l'émotion et de commettre des actes de nature violente, ce qui est aussi l'aspect saillant des deux termes en question, mais cette définition n'offre pas plus d'informations sur la divergence des deux termes.
3.2 Analyse des équivalents
En lexicographie bilingue, la recherche des équivalents constitue à la fois une tâche fondamentale et extrêmement complexe, car il est rare que des unités lexicales soient équivalentes d'une langue à l'autre, sauf pour certains termes scientifiques ou techniques circonscrits à un domaine spécifique. S'agissant du lexique des émotions, cet exercice est davantage compliqué et délicat, comme le fait remarquer Wierzbicka, ce champ sémantique possède rarement des correspondants parfaitement équivalents dans d'autres langues, d'autant plus que les langues concernées, le français et le chinois, sont fort éloignées l'une de l'autre sur le plan typologique. Suite à l'analyse des équivalents proposés par les cinq dictionnaires pour le lexique des émotions, nous avons relevé les problèmes suivants :
3.2.1 Présentation en masse des équivalents dont le regroupement ou la segmentation est non attesté
Les rédacteurs des dictionnaires bilingues ont coutume de proposer plusieurs équivalents pour un terme défini, dans le but d'aider les usagers à trouver la traduction exacte dans le contexte déterminé. Cependant, ces choix multiples peuvent être également source de confusion pour les apprenants inexpérimentés, surtout lorsqu'ils sont présentés de manière arbitraire. Dans les dictionnaires bilingues d'apprentissage, l'une des fonctions fondamentales des équivalents est d'éclaircir le/les sens du mot-vedette ; pour les termes polysémiques, les équivalents devraient être arrangés en fonction des acceptions différentes, ce qui n'est pas toujours le cas dans les dictionnaires observés. Il arrive que les équivalents de différents sens conceptuels soient regroupés en une même acception, tandis que ceux de la même catégorie sémantique soient divisés. Le NDFC, par exemple, liste six termes chinois pour la première acception de tristesse sans apporter d'exemple, ce qui ne peut pas aider efficacement les apprenants à employer le terme défini, car des traductions de différentes catégories conceptuelles ont été regroupées. Certains ouvrages, comme le LDFEB, ont néanmoins pris en considération des nuances sémantiques en utilisant des points-virgules pour séparer les groupes de mots synonymiques, contrairement au RDFC qui n'y a prêté aucune attention. Ce mélange des équivalents sémantiquement éloignés dans une même acception pour traduire le mot-vedette est contestable, car il ne permet pas de mettre en évidence le sens prototypique. Il est nécessaire de procéder à une segmentation nette à l'intérieur de l'article lorsque les équivalents ne sont pas en rapport de synonymie.
Concernant la subdivision des catégories sémantiques, les trois dictionnaires d'origine étrangère donnent souvent le statut d'acception à des syntagmes ou des locutions telles que faire honte à, avoir toute honte bue, de peur de/que, etc. ; le RDFC, par exemple, a divisé le sens du terme peur en trois grands groupes qui sont à leur tour subdivisés en huit catégories plus fines. En effet, ce terme ne possède pas autant d'acceptions, les rédacteurs ont pris en compte des constructions différentes pour diviser les catégories sémantiques ; c'est, entre autre, pour cela que la collocation « avoir peur » est listée comme sens lexical indépendant. Les deux Larousse ont adopté un procédé similaire, en accordant respectivement à la locution avoir plus de peur que de mal… et la collocation de peur de… le statut d'acception séparée. Nous pensons que les deux dictionnaires locaux ont mieux géré cette entrée « peur », en effectuant la division en fonction des sens conceptuels de la vedette et en listant les syntagmes et les locutions correspondants après chaque acception.
3.2.2 Discordance des fonctions entre les mots-vedettes et leurs équivalents
Une discordance se traduit d'abord par la non-correspondance des catégories grammaticales, à titre d'exemple, parmi les équivalents proposés pour le terme colère, nous avons récupéré deux verbes chinois : 发怒(fā nù) et 发脾气(fā pí qi), le premier apparaît dans quatre dictionnaires observés (à part le GDFCNS) et le second est proposé dans le RDFC. L'emploi des verbes pour traduire un nom est inapproprié, car cela va à l'encontre des principes de définition. De même, pour les termes panique et peur dans le RDFC, le premier est indiqué un nom féminin, mais traduit par des adjectifs chinois 恐慌的(kǒng huāng de),惊慌的( jīng huāng de); pour le deuxième, deux verbes 受惊(shòu jīng) et 慌了(huāng le) sont proposés comme équivalents. Tous ces pratiques ne donnent lieu à aucune justification.
Cette non-équivalence fonctionnelle se manifeste également au niveau syntaxique. Bien qu'il soit légitime de donner des actants potentiels du mot défini, il y a nécessité de les représenter sous forme de constructions en langue source ou les placer entre parenthèses à côté des équivalents. Pourtant, dans les dictionnaires analysés, leur traitement est incohérent, en témoigne l'exemple des verbes causatifs où l'on propose tantôt des équivalents du type 使惊奇(shǐ jīng qí),使诧异(shǐ chà yì) (sans expliciter l'actant potentiel du verbe), tantôt du type 使…震惊(shǐ … zhèn jīng)(en employant des points de suspension à la place de l'actant potentiel), tantôt du type 使人气恼(shǐ rén qì nǎo),令某人好奇(lìng mǒu rén hào qí),令某人惊讶(lìng mǒu rén jīng yà) (en mettant directement l'actant potentiel : quelqu'un dans les traductions), ou encore 引起 (某人) 神经紧张(yǐn qǐ mǒu rén shén jīng jǐn zhāng),使人焦躁不安(shǐ rén jiāo zào bù ān) ; le RDFC propose même trois traductions 激起愤慨;愤慨,气愤(jī qǐ fèn kǎi; fèn kǎi, qì fèn) pour le verbe causatif révolter, dont deux sont des verbes actifs inappropriés comme équivalents de la vedette. En outre, ils ont traduit certains verbes de la catégorie colère comme 激起愤怒,激起愤慨(jī qǐ fèn nù, jī qǐ fèn kǎi), qui sont plutôt des syntagmes sémantiques complets, alors que leurs correspondants français nécessitent souvent un complément d'objet direct (par exemple, quelqu'un). Nous estimons qu'un traitement plus adéquat serait de mettre les actants potentiels entre parenthèses, pour d'une part donner une idée sur la nature de ces derniers aux usagers, d'autre part les informer qu'ils ne sont pas inclus dans les vedettes ni obligatoires pour produire des énoncés.
En effet, les catégories grammaticales du lexique des émotions et l'emploi des verbes causatifs de ce champ posent grands problèmes aux apprenants, particulièrement lorsque le dictionnaire propose des équivalents de différentes catégories grammaticales ou de fonctions divergentes. Les usagers inexpérimentés accordent souvent plus d'attention aux équivalents proposés en langue d'arrivée et deviennent davantage perturbés quand ils découvrent la non-correspondance entre le mot-vedette et les équivalents, même si la catégorie grammaticale de la vedette est indiquée dans la microstructure.
3.2.3 Manque d'indication renseignant sur la nuance entre les mots-vedettes et les équivalents proposés
Bien que l'on considère la relation entre les mots-vedettes et les traductions dans les dictionnaires bilingues comme « équivalente », la majorité des signes de deux langues ne peuvent pas être des synonymes parfaits, dû à l'anisomorphisme des langues naturelles qui désignent souvent des réalités plus ou moins nuancées. C'est d'ailleurs pour cela qu'on fournit des exemples, des indications grammaticales et stylistiques en compensation. Lorsqu'il s'agit d'équivalents partiels, il faut ajouter des notes ou des indications entre parenthèses pour compléter les sens exprimés par les traductions. Or, d'après notre enquête sur les cinq dictionnaires, de telles informations sont rarement fournies. Citons quelques exemples pour illustrer notre propos, dans la catégorie conceptuelle de surprise, on distingue la cause positive et négative pour certains termes : épater désigne en général être agréablement surpris, mais les équivalents chinois proposés sont plutôt neutres et désignent simplement la surprise ou l'étonnement, empêchant ainsi la saisie complète du sens de la vedette française, pour éviter cette lacune, des indications sont nécessaires pour compléter ce qui manque aux correspondants chinois. Cependant, parmi les cinq dictionnaires, seul le LDFEB a ajouté des informations utiles sur cet aspect sémantique.
Par ailleurs, il est à noter que certains équivalents partagent la même dénotation mais non nécessairement la même connotation que le terme vedette, prenons l'exemple du terme « excité »: en français, l'expression « je suis excité », peut évoquer une connotation sexuelle, différente de celle utilisée pour exprimer la joie ou l'impatience, or, aucun des ouvrages ne relève cette nuance. Bien que l'une des traductions chinoises 兴奋的( xīng fèn de) puisse occasionnellement partager la même connotation, l'absence de spécification et de contexte rend difficile la déduction de cet aspect sémantique pour les apprenants. En anglais, langue importante et sans doute préalablement connue des apprenants chinois, on utilise « I am excited ! » pour exprimer la joie sans connotation sexuelle ; c'est sans doute une des raisons qui explique que, dans les réponses des apprenants, nous avons maintes fois observé « Je suis (tellement) excité(e) » au lieu de « je suis (tellement) content(e) ». Il est donc plus que nécessaire d'alerter les usagers sur les connotations potentielles de certaines familles de mots. Par ailleurs, certains dictionnaires ont fourni des indications sur des contraintes sémantiques ou syntaxiques sans les mettre à part. Par exemple, pour l'entrée « peur » dans le RDFC, deux des « équivalents » listés incluent les actants potentiels du prédicat, à savoir 对某事或某物的惧怕(duì mǒu shì huò mǒu wù de jù pà) (littéralement, la peur de quelque chose ou quelque objet) 怕某事或某物(pà mǒu shì huò mǒu wù) (avoir peur de quelque chose ou quelque objet), dans les deux cas, les équivalents ne concernent que les mots pivots : peur 惧怕(jù pà) et avoir peur怕(pà), les indications concernant les actants potentiels (quelque chose ou quelque objet) auraient dû être mises entre parenthèses comme informations complémentaires.
En résumé, l'analyse des définitions et des équivalents révèle que les dictionnaires observés privilégient la fonction de décodage au détriment de la fonction d'encodage, laissant souvent place à l'ambiguïté. Même lorsqu'ils regroupent les membres de la même catégorie en employant des synonymes comme définisseurs, ils peuvent entrer dans le cercle vicieux et ne pas élucider pleinement le sens du mot-vedette. Les traits sémantiques distinctifs ne sont pas clarifiés, ni dans les définitions, ni dans les équivalents.
4. Causes principales des insuffisances
La sélection arbitraire des entrées concernant le statut de mot-vedette, l'absence de mise en rapport des éléments de la représentation sémantique et des termes d'une même catégorie conceptuelle ou d'une même famille morphologique, et l'insuffisance des informations sur les synonymes et les antonymes, ainsi que sur les collocations, sont autant d'aspects qui laissent l'utilisateur chinois perplexe et confus quant aux comportements syntaxique et sémantique des lexèmes dans le domaine émotionnel. Ceci est dû, avant tout, au manque de support des corpus. Un dictionnaire d'apprentissage doit rendre compte de l'usage actuel et réel d'une langue, mais l'univers lexicographique qui nous occupe ne représente pas la diversité réellement observée en corpus ; de nombreux problèmes qu'on a pu remarquer sont dus au manque de support des données. Les dictionnaires bilingues et bilingualisés s'appuient trop sur les dictionnaires monolingues, qui, au lieu de se baser sur les corpus représentant la langue telle qu'elle est réellement utilisée, privilégient plutôt l'introspection du lexicographe. La sélection aléatoire des entrées, l'ordre des sens non attesté, les équivalents parfois inappropriés, l'étiquette sémantique incohérente, les synonymes accumulés sans distinction, les exemples d'usage peu informatifs, tout cela s'est révélé déficitaire et nécessite d'être amélioré pour rédiger des dictionnaires en partant des usages réels des mots dans les corpus représentatifs.
Ensuite, il s'agit du manque de considération sur les besoins des apprenants chinois du FLE. Il est important que le lexicographe soit à la fois lexicographe et enseignant, il devrait être plurilingue, avoir une idée de la notion d'« apprendre une langue étrangère », connaître, autant que possible, la langue maternelle des apprenants, les interférences potentielles, les besoins et difficultés de son public. Or, les dictionnaires examinés ne prennent pas en compte les besoins, les difficultés, les habitudes de consultation des apprenants chinois. Les trois dictionnaires importés ont largement adopté la structure et le contenu des ouvrages originels, le Larousse et le Robert, qui étaient conçus pour le public natif. Même si le RDFC a déclaré dans sa préface avoir fait de grands efforts pour s'adapter aux usagers chinois, cela n'a pas été senti dans les entrées du lexique des émotions, car tout comme les deux autres ouvrages, il accumule des synonymes sans différenciation, ne fournit pas assez d'annotation syntaxique ni de constructions. De plus, aucun des cinq ouvrages n'a averti les apprenants des points susceptibles de provoquer des erreurs, ou n'a proposé des marques d'usage visant à aider les apprenants à surmonter les difficultés.
Enfin, le lexique des émotions est sémantiquement motivé, tant au niveau lexical qu'au niveau combinatoire. Il est étroitement lié aux processus de métaphore et de métonymie. De nombreux mots polysémiques ont obtenu leurs sens émotionnels par ces deux mécanismes. Par exemple, la colère s'exprime par des métaphores telles que le liquide, le récipient ou la chaleur, le vocabulaire de cette catégorie est lié à l'irritation physique, au changement de mine, à l'augmentation de la température, etc. ; celui de la catégorie tristesse est en rapport avec le fardeau qui nous pèse, avec la fatigue, avec l'amertume ; celui de la catégorie joie est souvent mis en relation avec le haut, le sucre, la réaction corporelle; alors que le lexique exprimant la peur a trait au froid et à l'immobilité; celui de la catégorie surprise a souvent le sens propre ébranler physiquement, et l'amour est lié à l'union, à l'attachement, etc. Cependant, les dictionnaires ne prennent pas assez en considération ces mécanismes sémantiques, le lien entre les sens des termes polysémiques n'est pas expliqué; les collocations à valeur métaphorique ou métonymique ne sont pas assez présentées; les mécanismes sous-tendant ces collocations et ces liens sémantiques ne sont pas explicités non plus.
Conclusion
Aucun dictionnaire n'est parfait, ils ont chacun leurs avantages et faiblesses. Le RDFC se distingue par sa représentativité de l'usage réel du lexique des émotions, notamment en termes d'inclusion des mots-vedettes, de division et de classement des acceptions, et il est doté des exemples en phrase entière; les deux dictionnaires Larousse présentent l'avantage de fournir des définitions dans la langue cible ainsi que les informations sur l'étymologie, de contextualiser les quasi-synonymes; les deux dictionnaires locaux offrent plus de renseignements sur les collocations et les expressions figées; le GDFCNS est original et prestigieux pour ses citations littéraires dans les exemples... En même temps, ces dictionnaires soulèvent plusieurs problèmes, ce qui est dû principalement à l'adoption de la méthode traditionnelle qui dépend trop du savoir linguistique des concepteurs et des dictionnaires monolingues de référence, sans s'appuyer suffisamment sur l'analyse de corpus représentatifs. De plus, ils n'ont pas pris assez en compte les caractéristiques du processus d'acquisition des apprenants chinois, l'absence d'une définition systématique et d'exemples d'usage dans des situations prototypiques, la pauvreté des indicateurs sémantiques ou l'emploi d'équivalents de différentes catégories grammaticales pour les vedettes, le traitement trop rudimentaire des synonymes et des collocations en témoignent.
Pour remédier à ces lacunes, il est important de développer des dictionnaires qui intègrent une analyse plus poussée des corpus représentatifs, oraux et écrits, afin de refléter plus fidèlement l'usage réel de la langue. Par ailleurs, les mécanismes sémantiques sous-jacents, comme les métaphores et les métonymies, qui sont omniprésents dans le lexique des émotions, devraient être expliquées de manière plus approfondie, car les dictionnaires idéaux pour les apprenants devraient non seulement fournir des définitions claires et des exemples contextuels, mais aussi les guider dans la compréhension des nuances pragmatiques.