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This article presents a sympathetic critique of degrowth scholarship, which reproduces anthropocentric...
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Interculturalités Chine-France est une revue orientée vers la diffusion des approches interculturelles et intertextuelles des connaissances dans les domaines des arts, des littératures et des langues. Elle s’adresse à un large public composé de professionnels (enseignants, chercheurs, étudiants) et de façon générale à toute autre personne intéressée par ces sujets.
LIU, Yanmei
(Istituto dei Quadri di Yimeng, Linyi, Provincia dello Shandong)
Astratto: Il dibattito tra Matteo Ricci e Yu Chunxi sul cristianesimo e il buddismo è stato un confronto culturale molto significativo nella storia degli scambi tra la civiltà cinese e quella occidentale, rappresentando il conflitto e l’integrazione tra cattolicesimo in Cina e buddismo cinese durante il periodo Wanli. Il focus principale della disputa tra Ricci e Yu Chunxi era il vero significato del digiuno, l’origine del mondo, la differenza riguardante paradiso e inferno nel buddismo e nel cattolicesimo, ecc. Sebbene abbiano convinzioni diverse, in termini di metodi di scambio culturale, Matteo Ricci che Yu Chunxi si sono raggiunto un consenso di rispettare la cultura dell’altro, comprendere la cultura dell’altro nel modo più ampio e profondo possibile, essere tolleranti verso le altre culture e avere rispetto per le aree sconosciute, essi forniscano una preziosa esperienza storica per i nostri scambi etnici, religiosi e culturali odierni di oggi.
Parole chiave: Matteo Ricci, Yu Chunxi, il conflitto e l’integrazione, metodi per scambi culturali
Débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi sur la religion catholique
LIU, Yanmei
(Institut des cadres de Yimeng, Linyi, province du Shandong)
En 1607, la réimpression du Vrai sens du Seigneur du Ciel (天主实义) de Matteo Ricci, missionnaire jésuite de la Compagnie de Jésus, à Hangzhou, dans la province du Zhejiang, a provoqué une onde de choc parmi les érudits et la communauté religieuse. Dans ce premier catéchisme catholique introduit en Chine, Matteo Ricci expliqua aux érudits à l’époque de l’empereur Wanli les doctrines du catholicisme sous forme de dialogue en question-réponse, fusionnant les concepts de la philosophie occidentale, des études religieuses classiques et du confucianisme pour attaquer contre le bouddhisme. Les évaluations des érudits et des lettrés vis-à-vis de cet ouvrage étaient polarisées : certains membre de l’école réaliste,tels que Li Zhizao et Wang Ruchun, en ont fait l’éloge. Li Zhizao considérait cette doctrine comme étant en harmonie avec les classiques confucéens anciens tels que le Suwen(素问), le Zhou Bi (周髀) et le Kao Gong (考工), affirmant que Matteo Ricci était un véritable érudit occidental et s’exclamant : « Quelle foi ! À l’est comme à l’ouest, nos cœurs et pensées s’accordent ». De plus, Wang Ruchun écrivit dans une postface intitulée Réimpression du Vrai sens du Seigneur du Ciel(重刻天主实义跛)que les saints sages devraient prioriser le salut du monde, tandis que l’essor du bouddhisme conduisait les gens vers l’illusion, prônant des discussions surréalistes qui n’avaient aucune utilité dans ce monde. Pour lui, dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel, Matteo Ricci rejetait le bouddhisme, s’approchant ainsi du « Chemin Saint » qui ramenait du fantasme au concret. À cette époque, Hangzhou était imprégnée par le courant de la convergence des trois religions (bouddhisme, taoïsme, confucianisme) à la fin de la dynastie Ming. Sous l’influence du célèbre moine bouddhiste de la dynastie Ming, Maître Lianchi Zhuhong, l’atmosphère en faveur du bouddhisme était intense, attirant un grand nombre de lettrés et laïcs se consacrant tant au bouddhisme qu’au confucianisme. Ils se réunissaient pour des échanges académiques, jeûnaient, pratiquaient le rituel de libération des animaux et s’adonnaient à la poésie. Ils jouissaient d’une grande réputation et influence dans les milieux religieux, culturels et officiels. Face aux attaques de Matteo Ricci contre le bouddhisme, c’est Yu Chunxi, un lettré qui avait embrassé le bouddhisme après avoir été initié au confucianisme, qui se leva pour débattre directement avec lui. Cette confrontation entre Matteo Ricci et Yu Chunxi sur le thème de la doctrine chrétienne et bouddhiste représente un événement culturel significatif dans l’histoire des échanges entre les civilisations chinoise et occidentale à leurs débuts en Chine. Cette confrontation unique résultant de l’interaction de cultures hétérogènes constitue encore aujourd’hui un élément essentiel de compréhension des échanges interculturels, et elle revêt une importance directive pour choisir des voies et innover dans la pratique des échanges interculturels et de leur propagation.
1. Sinisation de missionnaire jésuite
Matteo Ricci (1552-1610), également connu sous les noms de Xi Tai, Qing Tai et Xi Jiang, était un missionnaire catholique de la Compagnie de Jésus. Né en 1552 dans la ville de Macerata, qui faisait alors partie des États pontificaux (aujourd’hui située dans la région des Marches, en Italie), il a grandi dans un environnement fortement imprégné de la foi catholique et s’est dévoué à la cause religieuse dès son enfance. Après avoir terminé son noviciat en 1572, il a étudié les humanités à Florence, le centre de la Renaissance. À l’automne 1573, il a intégré le Collège romain (Collegio Romano), fondé par le fondateur de la Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola, pour y étudier la rhétorique et la philosophie. Avant que les disciplines modernes soient classifiées, les mathématiques faisaient partie de la philosophie, et elles comprenaient non seulement l’arithmétique et la géométrie, mais aussi l’astronomie, la géographie, la cartographie ainsi que les calculs liés au temps et à l’espace. C’est là que Matteo Ricci a étudié l’astronomie auprès du célèbre mathématicien Christopher Clavius, un ami intime des pionniers de la révolution scientifique, tels que Galilée et Kepler. En 1578, Matteo Ricci arriva en Inde à Goa, en empruntant la route maritime ouverte par Vasco de Gama. En 1582, il fut appelé à Macao par Alessandro Valignano, le visiteur de la mission jésuite en Extrême-Orient, dans l’attente de l’opportunité d’entrer dans le cœur du pays décrit par Marco Polo comme le « khitan ». Confrontés à un « autre monde » vaste, culturellement riche et avec une histoire de plusieurs millénaires, totalement différent de la civilisation européenne, Matteo Ricci et ses compagnons missionnaires ont découvert que l’Empire Ming de l’époque était fermé aux étrangers et limitait strictement leur entrée et leur séjour. Par conséquent, Matteo Ricci et ses compagnons ont adopté une stratégie culturelle d’adaptation, baptisée « harmoniser le Confucianisme et rejeter le bouddhisme ». Ils ont réussi à pénétrer dans l’intérieur de la Chine, établissant des missions successivement à Zhaoqing, Shaoguan, Nanchang et Nankin. En 1601, grâce à l’offrande de l’horloge à sonnerie automatique, du clavecin et des peintures occidentales à l’empereur Wanli, Matteo Ricci a été autorisé à résider à Pékin et à bénéficier d’une allocation du trésor impérial.
À cette époque, les Chinois, en particulier les lettrés à la fin des Ming, étaient extrêmement perplexes et surpris par l’identité de Matteo Ricci, et lui-même n’a cessé d’ajuster sa position dans l’histoire et l’environnement culturel de l’Empire Ming. C’est ainsi que la stratégie de prédication « harmoniser le Confucianisme et rejeter le bouddhisme » a émergé. Pendant son séjour dans le Guangdong (1583-1595), Matteo Ricci se faisait passer pour un moine occidental. Pour se siniser, il adopta un nom chinois conforme aux coutumes des noms de famille chinois, et transforma son nom en "利玛窦" (Lì Mǎdòu). Il portait une robe de moine, comme le font les bouddhistes. En raison de leur manque de connaissances sur les Européens, la plupart des Chinois le prenaient pour un moine étranger, qu’ils classaient parmi les étrangers de l’Ouest ou les moines indiens. Lors de son séjour à Nanchang et Nankin (1595-1600), avec la publication et la diffusion de son œuvre en chinois De l’amitié, de nombreux lettrés et hauts fonctionnaires du sud du fleuve Yangtsé vinrent le rencontrer. Matteo Ricci se rendit compte que, en tant que missionnaire religieux, il était mal vu dans la société chinoise. Pour être respecté et reconnu par la société confucéenne, qui était l’idéologie officielle basée sur la philosophie néo-confucéenne, il abandonna sa tenue de moine pour adopter le costume de lettré et se décrivit comme « un érudit étranger originaire de l’Occident ». En 1584, l’empereur Wanli approuva le culte de Wang Yangming et de Chen Xianzhang au temple de Confucius, ce qui équivalait à reconnaître la légitimité de l’école de pensée de Wang Yangming. Nanchang et Nankin, à l’époque de l’empereur Wanli, étaient des foyers prospères de l’école de pensée de Wang Yangming. Par rapport à l’austère « néo-confucianisme », Wang Yangming prônait « l’école de l’esprit ». Par conséquent, les adeptes de l’école de pensée de Wang Yangming avaient généralement une attitude tolérante envers les doctrines étrangères. Zhan Huang, un éminent maître du clan royal du Jiangxi, Jiao Hong, un érudit polyvalent, et les lettrés du Sud du fleuve Yangtsé qui gravitaient autour de ces deux grands érudits étaient émerveillés par les connaissances de Matteo Ricci et ses recherches approfondies sur la langue et la culture chinoises. Matteo Ricci était alors célèbre et honoré, et était respectueusement appelé « Xi Tai ». On le désignait également sous les noms de « Licius », « Maitre Li », « M. Yu », « Seigneur Li » et « Grand Érudit occidental ». En somme, à ce moment-là, Matteo Ricci avait acquis un statut évident de lettré et était respecté et bien traité par les lettrés et les fonctionnaires. Il fut reçu en audience par l’empereur Wanli 1à Pékin, prétextant une offrande de trésors. Durant cette période (1600-1610), Matteo Ricci s’est présenté comme un ambassadeur du Grand Océan, tandis que l’empereur et les fonctionnaires le considéraient comme un « compagnon étranger de l’Occident » ou un « barbare envoyé en tribut ». À Pékin, la réputation de Matteo Ricci atteignit son apogée, comme le décrivait Xu Guangqi dans Critiques de Vingt-cinq articles (跛二十五言) : « Aussitôt, Il est arrivé avec les honneurs réservés à un hôte de marque à Yanjing (ancien nom de Pékin), logeant dans le pavillon des cérémonies diplomatiques, et recevant chaque mois des repas luxueux préparés avec empressement par les hauts fonctionnaires. Ainsi, les gens des quatre coins du pays savaient tous qui était le respecté M. Li. Les érudits éminents et les personnalités renommées étaient également impatients de le rencontrer. »
1.沈翼机、岱曾筠(Shen Yiji, Dai Zengyun),《浙江通志•卷一百七十八》(Chroniques complètes du Zhejiang, Volume 178)p. 17. SKQS.
2.Rencontre entre les missionnaires jésuites et Yu Chunxi, converti du confucianisme au bouddhisme
Yu Chunxi (1553-1623), également connu sous le nom de Changru et Danran, était originaire de Qiantang et a réussi l’examen impérial en 1583. Il a occupé des postes importants au ministère de la Force et au ministère des Rites. En 1585, à la mort de son père, il a observé un deuil de trois ans avec dévotion. Par la suite, il a reu l’ordination de la part du grand moine bouddhiste Lianchi Zhuhong, qui prêchait alors à Hangzhou. En 1593, suite à des attaques de ses rivaux politiques lors d’une inspection impériale, il a été rétrogradé de ses fonctions et a choisi de retourner chez lui. Il a ensuite consacré son temps à l’étude des textes bouddhiques à Hangzhou et a fondé une société de fidèles bouddhistes avec le leader du bouddhisme local, Zhuhong, où ils récitaient des sutras et pratiquaient la compassion envers les êtres vivants, tout en partageant des poèmes et des chants avec des lettrés bouddhistes locaux. Au cours de près de trente années de vie laïque, il a écrit une œuvre en soixante volumes intitulée Recueil du jardin de vertu.
Pendant la période de l’empereur Wanli, l’école de l’esprit de Wang Yangming était en plein essor et l’idée de l’unification des trois enseignements (confucianisme, bouddhisme et taoïsme) gagnait en popularité parmi les lettrés. Yu Chunxi, un homme de vaste érudition, a choisi de quitter le confucianisme pour se tourner vers le bouddhisme, et il jouissait d’une grande renommée dans le cercle lettré local. Il était membre de la société bouddhiste Saint Lotus avec des personnalités telles que Feng Mengzhen, superviseur du collège national de Nankin. Ils célébraient ensemble des cérémonies religieuses lors de jours de naissance du Bouddha, pratiquaient des rituels de libération d’animaux au bord du lac de l’Ouest, créant ainsi une mode parmi les érudits du Sud du fleuve Yangtsé. Cependant, en 1607, la republication du livre Vrai sens du Seigneur du Ciel de Matteo Ricci à Hangzhou, en particulier dans le cinquième chapitre, il notait de Discuter contre les six destinées du cycle des réincarnations, réfuter les théories erronées de l’abstention de tuer, et observer le jeûne et les vœux d’abstinence, pour attaquer ouvertement la pratique des moines bouddhistes et des laïcs dans leur observance des régimes végétariens et de la libération d’animaux. Ricci avait même écrit une lettre pour débattre de ces questions avec Yu Chunxi. Cette attaque sur les adeptes laïcs bouddhistes était particulièrement choquante dans un contexte d’harmonisation et de fusion des trois enseignements. Au départ, Yu Chunxi ne connaissait pas bien Ricci. Des amis proches, dont Feng Mengzhen, lui ont expliqué que Ricci était un expert en astronomie, calendrier et instruments similaires à Zhang Heng de la dynastie Han. Sous pression, Yu Chunxi a rédigé rapidement Réfutation des meurtres selon le Vrai sens du Seigneur du Ciel pour défendre la pratique du végétarisme chez les bouddhistes. En 1608, Ricci a écrit Dix chapitres d’un homme étrange, dont le contenu était globalement similaire à celui du Vrai sens du Seigneur du Ciel, mais le ton était plus doux, utilisant des histoires et des dialogues vivants pour expliquer aux Chinois « les principes jamais entendus auparavant » et « une réflexion continue sur la mort pour maintenir les normes de la vie quotidienne ». Dix chapitres d’un homme étrange se concentrait principalement sur l’exposition des principes moraux et réduisait considérablement les attaques directes contre le bouddhisme. Ce livre, une fois imprimé, a été largement apprécié par la société des érudits, et du point de vue des études de la diffusion culturelle, Dix chapitres d’un homme étrange était indéniablement plus réussi que le Vrai sens du Seigneur du Ciel. Ricci lui-même en était très satisfait et l’a mentionné dans son rapport annuel adressé au supérieur général de la Compagnie de Jésus à Rome, Claudio Acquaviva, en 1608. Il a déclaré que le livre, publié sous le titre de « Paradoxe », était mieux accepté et plus apprécié par un large public, et que les lettrés écrivaient des préfaces et faisaient des impressions en série. C’est pourquoi Ricci a recommandé aux prêtres de se concentrer sur l’étude des classiques chinois et sur l’écriture, car la diffusion de la foi par le biais de livres en Chine était plus susceptible de gagner la confiance des gens que les discours. Dix chapitres d’un homme étrange est arrivé dans le sud du fleuve Yangtsé, où le préfet Weng lui a donné à lire. Yu Chunxi l’a également grandement apprécié, le qualifiant de « un occidental très avancée » et « disciple des sages occidentaux ». Cependant, contrairement à la plupart des érudits qui considéraient Ricci comme un « érudit occidental », le Premier ministre du Cabinet, Ye Xianggao, considérait que l’arrivée de Ricci était due à la bénédiction du confucianisme et que les étrangers venaient admirer la culture chinoise. Dans la préface de Dix chapitres d’un homme étrange, Yu Chunxi a clairement indiqué que l’étude du Ciel de Ricci ne vise pas à nourrir l’esprit et entretenir la nature et que Ricci considérait le Ciel comme le père du cœur et de la nature, ce qui était différent de ce qui était enseigné dans le pays. C’était exactement le dilemme et le danger auxquels était confrontée la stratégie d’adaptation de Ricci à l’unification des trois enseignements. C’est aussi la vraie raison pour laquelle cette préface n’a pas été adoptée par Ricci et Li Zhizao et n’a pas été incluse dans la publication officielle de Dix chapitres d’un homme étrange.
3. Points de débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi sur la foi catholique
3.1Véritable signification du jeûne
Le débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi sur le jeûne bouddhiste a débuté avec les critiques de Ricci dans son Vrai sens du Seigneur du Ciel, où il remettait en question l’idée que le jeûne bouddhiste était destiné à éviter de tuer des êtres vivants. Le bouddhisme enseigne que tous les êtres vivants sont interconnectés et que les six voies du samsara sont incessantes. Par conséquent, « tuer un bœuf ou un cheval équivaut à tuer la réincarnation de ses parents, je ne peux pas me résoudre à le faire »2. Ricci, quant à lui, considère que le véritable objectif du jeûne est de se soumettre à Dieu, de contrôler les désirs terrestres de nourriture, d’alcool et d’argent, et de guider les gens vers la recherche de bénédictions spirituelles. Cela soulève des questions sur la valorisation respective des êtres humains, des animaux et des plantes dans les cultures orientales et occidentales, la notion d’immortalité de l’âme, la notion d’unité de toutes choses dans le syncrétisme confucianiste et bouddhiste de la fin des Ming, et la conception de Dieu comme omniscient et parfait.
2 Vrai sens du Seigneur du Ciel, Collection des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci, p. 51.
3.2 Unicité de Dieu
Dans une lettre en réponse à Yu Chunxi, Ricci résume ainsi les différences entre la doctrine catholique et le bouddhisme: « Ce qui distingue nos enseignements du bouddhisme, c’est que leur doctrine est basée sur le vide, tandis que la nôtre est basée sur la réalité ; ils prêchent l’égoïsme, tandis que nous prêchons l’altruisme ; ils sont multiples et divergents, tandis que nous sommes unifiés. » 3 Ricci considère que la doctrine catholique diffère du bouddhisme de plusieurs manières.Premièrement, le bouddhisme affirme que le monde matériel émerge du vide et que le vide est primordial, tandis que la doctrine catholique reconnaît l’existence réelle de Dieu en tant que source ultime de toutes choses, s’opposant ainsi à la théorie bouddhiste de l’impermanence et du vide. Deuxièmement, Ricci considère que la pratique bouddhiste consistant à suivre des préceptes et à cultiver des vertus vise principalement à prolonger la vie et à atteindre l’illumination ou la divinité, sans grande utilité pour le bien-être du monde. En revanche, les deux empereurs, les trois rois, le duc de Zhou et Confucius, tous ont travaillé avec ardeur et se sont efforcés de cultiver la vertu en eux-mêmes pour la répandre parmi le peuple, ne s’arrêtant pas seulement à la perfection suprême et ne s’arrêtant jamais. Pour Ricci, faire en sorte que les Chinois acceptent la doctrine catholique, qu’ils ont mal compris depuis des milliers d’années, c’est sauver les cœurs et le monde, c’est le véritable altruisme. Troisièmement, en tant que fonctionnaire responsable des affaires géopolitiques et ethniques des minorités frontières, Yu Chunxi a étudié les cent trente-neuf pays mentionnés dans les biographies des territoires de l’Ouest, mais n’a trouvé aucune trace de l’Europe de Ricci. Il considère donc que l’Europe de Ricci doit être similaire à des pays lointains comme Gandhara4, Persia5, et Kamarupa6, qui ne
3 朱维铮主编(Zhu Weizheng)《, 利玛窦中文著译集•利先生复虞铨部书》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci,Réponse de M. Li à la lettre de Yu Quanbu),复旦大学出版社 (Édition de l’Université Fudan), 2001, p. 661.
4 Gandhara : nom sanskrit Kongodha, ancien royaume de l’Inde orientale. Situé au sud-ouest du pays d’Udumbara. À l’époque du passage du moine Xuanzang, ce royaume était fortement influencé par des croyances extérieures et n’adhérait pas au bouddhisme. Le roi de ce royaume était un fervent adepte de la religion de Shiva. C’est mentionné dans le dixième chapitre du Récit de l’Inde occidentale.
5 Persia : également connu sous le nom de royaume de Zhici (Zhi-Tuo), ancien royaume du sud de l’Inde. Dans le Récit de l’Inde occidentale de Xuanzang en Chine, ce royaume était principalement influencé par des croyances extérieures et montrait peu de respect pour la loi bouddhique. Le roi de ce royaume était issu de la caste des brahmanes.
vénéraient pas le bouddhisme. Initialement, les érudits des Ming considéraient généralement que le monde était composé de neuf provinces et de dix mille pays, et que le Dieu du christianisme de Matteo Ricci et les divinités bouddhistes étaient peut-être simplement des divinités locales qui gouvernaient chacune leur propre coin7. Ricci a réfuté cette idée avec force, plaçant Dieu à une position unique et rejetant tout autre culte idolâtre, car Dieu étant omniscient, omnipotent et parfait, il n’a pas besoin d’autres dieux pour co-gouverner le monde, d’où le rejet strict du polythéisme par la religion catholique. Enfin, Ricci conclut que nous vénérons Dieu, tandis que le bouddhisme s’oppose à Dieu, c’est là la plus grande différence entre nous et le bouddhisme.
3.3 Différences entre le paradis et l’enfer dans le catholicisme et le bouddhisme
Le fait que le catholicisme et le bouddhisme parlent tous deux du paradis et de l’enfer peut facilement prêter à confusion. Au début, Yu Chunxi croyait que Ricci n’était qu’un petit lettré occidental, rien de plus qu’un mépris ordinaire entre érudits de pays étrangers. Cependant, après avoir lu les vues de Ricci sur la nature du paradis et de l’enfer, il pensait que Ricci n’avait pas pleinement compris les textes bouddhistes et leurs principes, et l’a averti de ne pas attaquer précipitamment le bouddhisme sans une compréhension globale, sinon il risquait de se détruire sa réputation et celle de sa religion. De son côté, Ricci considère que le bouddhisme a emprunté le concept de rétribution karmique du paradis et de l’enfer du catholicisme, trompant ainsi les gens. Quand les lettrés demandent: « Quelle est la différence entre cette religion (Christianisme) et le bouddhisme qui prône l’altruisme et l’idée de réincarnation en tant qu’oiseau ou bête ? » Matteo Ricci répond: « La différence est énorme ! Le bouddhisme parle seulement de réincarnation et de récompenses, mais nous (Christianisme) expliquons clairement les avantages et les inconvénients du paradis et de l’enfer, et mettons en évidence les avantages pour guider les gens vers la vertu. Comment peut-il y avoir un manque de clarté dans cela ? De plus, les sages cherchent à cultiver la vertu, même en l’absence de paradis ou d’enfer, alors comment pourraient-ils ne pas agir avec plus de conviction s’ils existent réellement ? » En fait, Matteo Ricci combine la pensée confucianiste de l’éthique et du bien, en interprétant les conséquences du bouddhisme en termes d’incitation à agir pour l’avantage (‘Li’ en chinois) et les récompenses et punitions du Christianisme en termes d’incitation à agir pour le devoir (‘Yi’ en chinois).
6 Kamarupa : nom du royaume en Inde orientale, vénérant les dieux célestes et n’adhérant pas au bouddhisme. C’est également mentionné dans le Récit de l’Inde occidentale de Xuanzang en Chine.
7 Dans Vrai sens du Seigneur du Ciel, des lettrés chinois ont posé une question : « Le Dieu est sans aucun doute la plus haute autorité dans l’univers. Cependant, dans les vastes contrées des mille pays du monde, le Dieu aurait peut-être délégué ces différentes divinités, Bouddhas et bodhisattvas pour protéger chacune des régions, comme les fonctionnaires envoyés par l’empereur pour administrer les neuf provinces et les cent districts. Peut-être chaque région a-t-elle ses propres divinités particulières. »
4.Révélation du débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi sur le dialogue interculturel
4.1Construction d’une plateforme de communication avec un consensus universel
Le débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi, l’un étant un missionnaire jésuite fortement influencé par le catholicisme et désireux de propager l’évangile, l’autre étant un érudit polyvalent imprégné de la pensée confucéenne et se tournant ensuite vers le bouddhisme, pose la question de la manière dont les doctrines européennes du catholicisme peuvent dialoguer avec un bouddhisme déjà assimilé en Chine. Comment unecommunication interculturelle complètement hétérogène et mutuellement incompréhensible pourrait-elle être possible ? Ici, la sinisation de Matteo Ricci joue un rôle de paradigme. En apprenant la langue et la culture chinoises, il a réussi à siniser le catholicisme, en transmettant les enseignements catholiques en utilisant la langue et les valeurs philosophiques largement acceptées par les Chinois, et en expliquant la doctrine catholique en termes compréhensibles pour les Chinois. Dans l’exemple du débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi, cette plateforme partagée par les deux parties est la culture confucéenne qui sous-tend la culture chinoise. Matteo Ricci utilisait le discours confucéen pour critiquer le bouddhisme, par exemple en utilisant les concepts néoconfucéens de « Shi » et « Cheng » pour contester le concept bouddhiste de « vide » et en critiquant le bouddhisme pour se retirer du monde. De même, Yu Chunxi utilisait également le discours confucéen pour critiquer le catholicisme, affirmant que les enseignements de Matteo Ricci ne comprenaient pas la notion de « tout est un ». Il est dit que les études sur le Ciel de Matteo Ricci ne préconisent pas de se concentrer uniquement sur le développement du cœur et de la nature ; c’est pourquoi le ciel est considéré comme le père du cœur et de la nature. C’est une pratique différente des choses évidentes dans notre pays. Ainsi, il séparait la théologie de Matteo Ricci de la philosophie confucéenne, indiquant que Matteo Ricci n’était pas un véritable confucéen occidental, mais plutôt un messager d’une nouvelle religion avec une idéologie fondamentalement différente de celle du confucianisme. Cependant, de toute façon, l’accord général sur les normes éthiques de base et les valeurs du confucianisme a créé une plateforme pour le dialogue entre Matteo Ricci et Yu Chunxi dans le débat jésuite et bouddhiste de la fin des Ming, qui était probablement une condition nécessaire pour le débat entre jésuites et bouddhistes à la fin de la dynastie Ming.
4.2 Attention faite aux méthodes et aux approches du dialogue interculturel
Le débat entre Matteo Ricci et Yu Chunxi revêt également une importance particulière en raison de leur accord sur les méthodes et les approches du dialogue interculturel, en plus des débats sur « le véritable sens du jeûne », « l’unicité de Dieu » et « les différences entre le paradis et l’enfer dans le catholicisme et le bouddhisme ». Tout d’abord, il est important de respecter mutuellement la culture de l’autre. Les échanges épistolaires entre Yu Chunxi et Matteo Ricci comportent des débats, mais ils conservent tous deux une attitude respectueuse envers l’autre. Dans la préface de Dix chapitres d’un homme étrange, Yu Chunxi loue l’intelligence de Matteo Ricci et sa capacité à s’exprimer avec éloquence et clarté et il utilise des métaphores et des exemples pour exposer la doctrine catholique à l’aide de textes chinois classiques, montrant son engagement à expliquer la doctrine chrétienne en utilisant des concepts chinois familiers. De son côté, Matteo Ricci exprime également son appréciation pour Yu Chunxi dans ses lettres, disant qu’il accepte les conseils de Yu Chunxi sur la lecture attentive de certains textes bouddhistes pour mieux comprendre leur point de vue. Deuxièmement, il est essentiel d’étudier en profondeur la culture de l’autre. Yu Chunxi conseille à Matteo Ricci de lire attentivement des ouvrages tels que « Le Miroir de la Vérité », « Préceptes pour l’Émergence de l’Esprit », « Récits de l’Ouest », « Biographies des Grands Moines », « Le Jardin de Perles des Écritures Bouddhiques » pour une compréhension plus approfondie. Matteo Ricci répond en disant qu’il apprécie grandement la suggestion de Yu Chunxi et qu’il fera de son mieux pour étudier ces textes. Cette approche partagée consistant à étudier en profondeur les classiques de l’autre culture permet d’aborder le dialogue en se basant sur une compréhension approfondie et solide, ce qui favorise un échange culturel fructueux. Troisièmement, il est important de faire preuve de tolérance envers la culture étrangère et de garder un esprit respectueux face à l’inconnu. La possibilité du débat entre Matteo Ricci et Xu Guangqi sur le bouddhisme et le christianisme réside dans la poursuite de la vérité inhérente aux deux grandes civilisations de l’Orient et de l’Occident, ainsi que dans le désir de s’enrichir en sollicitant les conseils d’amis. Dans ses méthodes de prosélytisme en Chine, Matteo Ricci s’opposait fermement à l’utilisation de la force armée par l’Église catholique. Après une étude approfondie des classiques chinois, il considéra le confucianisme comme une philosophie plutôt qu’une religion, et il trouva de nombreuses similitudes avec l’éthique chrétienne. Dans ses lettres à ses compagnons jésuites en Europe et à ses proches dans son pays natal, il vantait la culture vestimentaire chinoise et qualifiait le confucianisme d’humanisme oriental, comparant l’Empire du Milieu au modèle platonicien de « gouvernement des sages », où les fonctionnaires étaient sélectionnés par des examens rigoureux. Lui et son prédécesseur, Matteo Ricci, traduisirent les Quatre Livres et les Cinq Classiques de la Chine en latin, devenant ainsi les premiers messagers occidentaux à introduire la culture confucéenne en Occident. Cela suscita un vif intérêt en Occident pour la Chine et influença même des érudits des Lumières tels que Voltaire et Leibniz. Xu Guangqi, de son côté, démontra également l’ouverture d’esprit et la tolérance caractéristiques des intellectuels traditionnels chinois lors de cet échange interculturel Est-Ouest. Il louait l’intelligence et l’humilité de Matteo Ricci tout en lui rappelant avec une sagesse bouddhiste que, de même que les êtres vivants sont insérés dans des fruits sans percevoir leur peau, comment pourraient-ils savoir qu’ils ont une coquille ? Par conséquent, il était important de reconnaître que nos connaissances du monde sont limitées et qu’il était peut-être préférable de mettre de côté les controverses et de simplement coexister sans entrer dans ces controverses.
Liu Yanmei (1987.3-) est enseignante à l’Institut des cadres de Yimeng, dans la ville de Linyi, province du Shandong. Elle a obtenu son doctorat de l’Université Macerata en Italie, avec une spécialisation dans les interactions entre Matteo Ricci et les érudits chinois de la fin de la dynastie Ming. Elle est l’auteure de plusieurs publications académiques, dont Matteo Ricci et ses interlocuteurs chinois de la fin des Ming (1579-1610) : Dictionnaire bilingue italien-chinois publié par l’éditeur QUODLIBET de l’Université Macerata en mars 2019. Un autre de ses travaux, Annexes à l’étude de la carte du monde de Matteo Ricci a été publié par l’éditeur Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato (IPZS) en Italie en juin 2013.
Adresse de correspondance : Liu Yanmei, Institut des cadres de Yimeng, 3017, Rue Changhong, District Hedong,Linyi, Province du Shandong, Chine.
Code postal : 276000. Tel : 15318573731.
Email : yanm_b@163.com