Interculturalités Chine-France est une revue orientée vers la diffusion des approches interculturelles et intertextuelles des connaissances dans les domaines des arts, des littératures et des langues. Elle s’adresse à un large public composé de professionnels (enseignants, chercheurs, étudiants) et de façon générale à toute autre personne intéressée par ces sujets.

Nouvelles connaissances présentées dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel par Matteo Ricci

La nuova conoscenza introdotta da Il Vero

Significato di Dio di Matteo Ricci

ZHANG, Xiping

 

(Università della lingua e della cultura di Pechino, centro cinese per l’innovazione e la cooperazione culturale internazionale)

 

 

Astratto: Studiando Il Vero Significato di Dio di Matteo Ricci, la comunità accademica si concentra principalmente sul modo in cui ha coordinato le culture cinesi e occidentali e ha contribuito all'adattamento alla cultura confuciana. Questo articolo ritiene che un altro importante contributo di "Il Vero Significato di Dio" sia l'introduzione della conoscenza occidentale in questo libro, una è la conoscenza teologica occidentale e l'altra è l'introduzione della logica di Aristotele. In questa introduzione, stabilì le prime categorie cinesi e concetti di logica, ponendo le basi per i concetti cinesi di Aristotele.

Parole chiave: Matteo Ricci, Deità, Logica, Concetti

 

 

Nouvelles connaissances présentées dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel par Matteo Ricci

ZHANG, Xiping

 

Université des langues et de la culture de Beijing, Centre d’innovation collaborative pour la culture chinoise à l’international

 

 

Résumé :Dans le domaine académique, l’étude du Vrai sens du Seigneur du Ciel de Matteo Ricci se concentre principalement sur la manière dont il a réussi à harmoniser les cultures chinoise et occidentale, ainsi que sur sa contribution à l’adaptation à la culture confucéenne. Cet article soutient que le Vrai sens du Seigneur du Ciel a également une autre contribution importante, à savoir l’introduction des connaissances occidentales : la théologie occidentale et la logique d’Aristote. Dans cette présentation, Ricci a établi les premiers concepts et catégories de logique en chinois, jetant ainsi les bases des concepts aristotéliciens en chinois.

Mots clés : Matteo Ricci, Vrai sens du Seigneur du Ciel, logique, concepts.

 

 

L’ouvrage le Vrai sens du Seigneur du Ciel 《天主实义》de Matteo Ricci a été rédigé pendant une longue période, et l’histoire de sa rédaction ainsi que celle de sa création est un sujet complexe qui nécessite une étude spécialisée. Nous ne nous attarderons pas sur ce sujet ici.1



      Le Vrai sens du Seigneur du Ciel est divisé en deux volumes, comprenant huit essais au total. L’ensemble du livre est rédigé sous forme de dialogues de questions-réponses, une forme courante à la fin de la dynastie Ming. Chaque question est posée par un lettré chinois, suivi d’une réponse apportée par un lettré occidental. Le livre compte 113 de ces dialogues de questions-réponses. Le premier essai, intitulé «Débat sur [comment] le Seigneur du Ciel a commencé à créer le ciel et la terre et toutes les choses, et [comment il] gouverne et prend soin d'elles»(“论天主始制天地万物而主宰安养之”), aborde dès le début la question du créateur du monde. Le deuxième essai : « Clarification les malentendus des gens sur Dieu »(“解释世人错认天主”) complète ou prolonge le premier essai. Le premier essai traite du sujet de manière positive, tandis que le deuxième essai réfute les objections des opposants. Le troisième essai : « Débat sur l’immortalité de l’âme et sa différence avec les oiseaux et les bêtes »论灵魂不灭大异禽兽, affirme l’immortalité de l’âme, conférant ainsi un sens à la vie humaine. Le quatrième essai : « Clarification des différences et similitudes entre les fantômes et les âmes humaines, et explication de pourquoi toutes les choses dans le monde ne peuvent pas être considérées comme une seule entité»解释鬼神及人魂异同而解天下万物不可谓之一体, approfondit le sujet du troisième essai en utilisant des références tirées d’anciens textes chinois pour prouver l’immortalité de l’âme. Le cinquième essai :

 

1 Pour des références sur cette question, veuillez consulter les ouvrages suivants : 梅谦立注谭杰校勘(Mei Qianli et Tan Jie), 《天主实义今注》Annotation d’aujourd’hui sur Vrai sens du Seigneur du Ciel商务印书馆(Édition commercial), 2014 ; 张晓林 (Zhang Xiaolin) , <天主实义>与中国学统》(Vrai sens du Seigneur du Ciel et études chinoises), 学林出版社 (Édition Xuelin), 2005 ; 宋黎明 (Song Liming), 《神父的新装利玛窦在中国1582-1601(Les nouveaux vêtements du prêtre : Matteo Ricci en Chine (1582-1610)),南京大学出版社(Édition de l'Université de Nankin), 2011 ; 夏伯嘉 (Xia Bojia), 《利玛窦紫禁城里的耶

稣会士》(Matteo Ricci : Jésuite dans la Cité Interdite), 上海古籍出版 (Édition des anciens livres de Shanghai), 2012.

 

 

      « Réfutation des erreurs liées aux cycles de réincarnation et aux six royaumes, ainsi que des préceptes interdisant de tuer des êtres vivants, afin de révéler les aspirations véritables d'une abstinence pure »辩排轮回六道戒杀生之谬所而揭斋素正志, entame une critique du bouddhisme, approfondissant ainsi la pensée chrétienne sur l’âme. Le sixième essai : « Explication de l’indestructibilité de l’esprit et l’existence des récompenses et des punitions au paradis et en enfer après la mort qui récompensent les bonnes et mauvaises actions des hommes »释解意不可灭并论死后必有天堂地狱之赏罚以报士人所谓善恶, utilise le paradis et l’enfer pour évaluer la valeur des actions humaines, tout en les distinguant du cycle de réincarnation bouddhiste. Le septième essai : « Débat sur la bonté naturelle de l’homme et l’enseignement orthodoxe de Dieu »论人性本善而述天主门士正学, traite du sujet de la bonté et de la malveillance de la nature humaine, un thème intemporel dans la pensée chinoise traditionnelle. Comment y répondre sans aborder directement la théorie chrétienne du péché originel était un défi. Ricci amène la discussion à partir de thèmes confucéens vers la pratique religieuse, introduisant ainsi la pensée de Jésus et du christianisme. Le huitième essai : « Résumé des coutumes et des valeurs occidentales, explications de la vie dans le célibat de missionnaire et de l’incarnation de Dieu sous la forme d’un occidental »总举大西俗尚而论其传道之士所以不娶之意并释天主降生西士来由, conclut l’ensemble du livre. Dans ce dernier essai, le lettré chinois a déjà accepté les arguments de Ricci. Ainsi, cet essai expose directement les règles de l’évangélisation des missionnaires catholiques et les principes de vie des membres de la Compagnie de Jésus en Chine.

Le Vrai sens du Seigneur du Ciel est structuré sous la forme de questions posées par un lettré chinois et de réponses données par un lettré occidental - bien que ces questions aient été posées par le lettré chinois et écrites par Matteo Ricci lui-même. Pour convaincre les lettrés chinois, les questions sont formulées en utilisant la logique de la pensée et de la culture chinoises, car la pensée et la culture dominantes en Chine étaient alors principalement confucéennes, avec des préoccupations philosophiques plutôt que religieuses. Cependant, cela laissait perplexe les lettrés confucéens face à de nombreuses questions religieuses. Les questions posées par le lettré chinois ont leurs fondements dans le système de pensée chinois. Les réponses apportées par le lettré occidental, en revanche, adoptent une approche syncrétique, combinant la pensée confucéenne avec la pensée chrétienne. Ricci engage des discussions avec les penseurs confucéens tout en déployant des arguments chrétiens lors des débats bouddhistes. Ainsi, le Vrai sens du Seigneur du Ciel présente une structure logique entremêlant les pensées chinoise et occidentale. Ce texte est extrêmement créatif et sans précédent dans l’histoire des échanges culturels entre la Chine et l’Occident, ainsi que dans l’histoire du catholicisme en Chine.

Les études antérieures sur le Vrai sens du Seigneur du Ciel se sont principalement concentrées sur ses caractéristiques confucéennes et sur sa méthodologie argumentative, mais elles n’ont pas suffisamment analysé le système de connaissances singulier qu’il présente. Pour comprendre en profondeur ces connaissances, nous devons examiner comment Matteo Ricci, à travers son habileté dans l’expression confucéenne, a introduit des connaissances inédites en Chine. Seulement en comprenant vraiment cela, nous pouvons observer comment il a transformé l’expression de ces connaissances et les a rendues compatibles avec la pensée confucéenne.

Les connaissances occidentales présentées par Matteo Ricci peuvent être divisées en deux catégories : les connaissances religieuses et les connaissances en philosophie et théologie. Nous allons les examiner une par une.

 

 

  1. Connaissances du catholicisme dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel

 

Dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel, Matteo Ricci présente de manière concise les connaissances du catholicisme, notamment les contenus de la Bible. Dans le sixième essai, il écrit :

 

« Les anciens écrits de l’Ouest racontent que, dans le passé, Dieu a créé le ciel et la terre et a engendré un homme du nom d’Adam et une femme du nom d’Ève, qui sont les ancêtres de l’humanité. Cependant, ces écrits ne mentionnent pas les empereurs Fuxi et Shennong. Après avoir étudié attentivement ces écrits, je peux attester que Adam et Ève ont réellement existé à cette époque, mais cela ne permet pas de prouver l’absence ultérieure des empereurs Fuxi 伏羲 et Shennong 神农 . »2

(吾西国古经载,昔天主开辟提天地,即生一男,名曰亚当;一女,名曰阨襪, 是乃世人之祖。而不书伏羲,神农二帝。吾一次观之,可证当时果有亚当、阨襪二人, 然不可证其后之无伏羲、神农二帝也。

Dans cette introduction de l’Ancien Testament, Matteo Ricci adopte une approche intelligente. Il ne nie pas l’existence des empereurs Fuxi et Shennong, mais souligne simplement qu’ils ne sont pas mentionnés dans les écrits occidentaux, d’où sa phrase« On peut prouver leur existence dans nos écrits, mais on ne peut pas prouver leur absence. » Ensuite, dans le huitième essai, il présente la chute d’Adam et Ève, les premiers ancêtres.

 

2 朱维铮主编(Zhu Weizheng,《利玛窦中文著译集》( Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo

Ricci), 复旦大学出版社 (Édition de l'Université Fudan), 2001, p.69.

 

« Dieu a créé le ciel et la terre, donné naissance à toutes les créatures. Pensez- vous que dans les temps anciens, ils étaient plongés dans un tel désordre et souffrance ? Bien sûr que non. La sagesse de Dieu est la plus subtile, son cœur est empli de bienveillance, prenant soin de l’humanité et de toutes les choses dans le monde. Comment pourrait-il tolérer un état de désordre et de désolation ? »

天主始制创天地,化生人物,汝想当初乃即如是乱苦者欤、殊不然也。天主之才最灵,其心至仁,享育人群,以迨天地万物,岂忍置之於不治、不详者乎哉?

 

« Au commencement de la création, les humains étaient exempts de maladies et de mort prématurée, vivant toujours en harmonie avec la   chaleur   du   soleil,   et étant toujours extrêmement   heureux..   Tous   les   oiseaux   et   les   bêtes   étaient dociles et obéissaient à leurs ordres... Mais les troubles et les calamités sont le résultat du fait que les humains ont enfreint les lois divines. Quand les humains tournent le dos à Dieu, toutes les créatures se rebellent également contre eux. Les conséquences en sont auto-infligées, et de multiples malheurs en découlent. »

开辟初生,人无病夭,常是阳和,常甚快乐,令鸟兽万归顺听其命。……夫乱、夫灾,皆由人背理犯天主命。人既反背天主,万物亦反背于人,以此自为自致,万祸生焉。

« Les ancêtres de l’humanité ont déjà altéré la nature humaine, laissant à leurs descendants des influences négatives, les privant d’une nature intacte, et naissant avec des imperfections. De plus, en suivant souvent des comportements dépravés, il est à craindre que leur nature intrinsèque ne soit pas bonne, n’ayant aucun lien avec Dieu. Ainsi, cela ne devrait pas être considéré comme étrange non plus. »3

(世人之祖已败人类性根,则为其子孙者沿其遗累,不得承性之全,生而带疵;又多相率而习醜行,则有疑其本性不善,非关天主所出,亦不足为异也。

 

A ce stade, Matteo Ricci a présenté le contenu essentiel de l’Ancien Testament《旧约》, depuis la création de Dieu jusqu’à la chute d’Adam et Ève, montrant ainsi que l’humanité a le péché originel. Après avoir exposé l’Ancien Testament, Matteo Ricci commence à présenter les bases du Nouveau Testament《新约》. Il estime que suite au départ progressif des diverses divinités mentionnées dans l’Ancien Testament, de moins en moins de personnes suivent la vérité.

« Alors, dans un grand acte de miséricorde, Dieu descend personnellement sur terre pour éclairer l’humanité, éprouvant la souffrance de tous. Cela a eu lieu pendant 1603 années, au cours de l’année du calendrier chinois Gengshen 庚申 , trois jours après le solstice d’hiver de la deuxième année de l’Empereur Ai de la dynastie Han 汉朝哀帝元寿二年冬至后三日 , quand il choisit une vierge pure pour être sa mère, sans aucune union charnelle, il naquit, et fut nommé Jésus - Jésus signifiant ‘le sauveur du monde’. Il a lui-même enseigné et diffusé sa doctrine pendant trente-trois ans parmi les lettrés occidentaux, puis il est retourné au ciel. »4

(於是天主大发慈悲,亲来捄世,普觉群品。於一千六百有三年间,岁次庚申, 当汉朝哀帝元寿二年冬至后三日,择貞女为母,无所交感,讬胎降生,名号耶稣稣即捄世也。躬自立训,弘化于西士三十三年,复昇归天。

 

3 朱维铮Zhu Weizheng,《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (Édition de l'Université Fudan), 2001, p.216.

 

La diffusion du christianisme en Chine pendant la dynastie Tang était représentée par le nestorianisme景教, une branche du christianisme qui présentait des différences théologiques significatives par rapport à l’Église catholique romaine.5 Bien que cela ait marqué le début de l’histoire de la propagation du christianisme en Chine, le nestorianisme n’a pas réussi à s’établir véritablement en Chine, malgré son organisation et ses activités continues pendant la période des Yuan dynastie元代des Mongols. Parmi les missionnaires catholiques romains arrivés en Chine pendant la dynastie Yuan, on compte John of Plano Carpini et the Franciscan William of Rubruquis ou Rubruck, a Flaming , entre autres. Cependant, c’est véritablement avec l’arrivée de John of Montecorvino à Pékin que la propagation du christianisme a commencé. Bien qu’il ait traduit plusieurs psalters, hymnaries et deux bréviaires en langue mongole, ces écrits ont été perdus, et seule une poignée de ses lettres subsistent à Rome.6

 

4 Selon l'expression actuelle de la théologie catholique, la description de la naissance de Jésus par Matteo Ricci est erronée. Jésus est né entre 6 av. J.-C. et 4 av. J.-C. Pour plus d'informations, veuillez-vous référer à : 梅谦立Mei Qianli), 《天主实义今注》 (des Annotation d’aujourd’hui sur Vrai sens du Seigneur du Ciel)商务印书馆 (Édition commerciale), 2014, p.217.

5 朱谦之 (Zhu Qianzhi),《中国景教》(Le christianisme nestorien en Chine, Édition commerciale), 2017 ; 悟殊 (Lin Wushu), 《敦煌文书与异教研究》(Recherches sur les documents de Dunhuang et les études sur les religions étrangères), 上海古籍出版社 (Édition des anciens livres de Shanghai), 2011 ; 聂志军 (Nie Zhijun), 《唐代景教文献研究》(Études sur les documents du christianisme nestorien à l'époque des Tang), 国社会科学出版社 (Édition des sciences sociales de Chine), 2016.

6 [] ··穆尔著郝镇华译 (A.C. Moule), 《一五五 O 年前的中国基督教史》(Histoire du christianisme en Chine il y a 1550 ans), 中华书局 (Édition de la Chine), 1984 ; 徐宗泽 (Xu Zongze), 《中国天主教传教史概论》 (Introduction à l'histoire de la mission catholique en Chine), 上海书店 (Librairie de Shanghai), 1990 ; [] 赖德烈著雷立柏等译 (Kenneth S. Latourette), 《基督教在华传教史》(Histoire de la propagation du christianisme en Chine), 香港汉语基督教研究所(Institut d'études chrétiennes en langue chinoise de Hong Kong), 2003.

 

Si nous évaluons les discussions de Matteo Ricci au contexte de l’histoire de l’introduction du christianisme en Chine, nous constatons que c’est l’une des premières propagations du contenu fondamental de la Bible catholique romaine durant la dynastie Ming明代. Bien que Alessandro Valignano ait brièvement présenté ces contenus dans le Les Actes de Dieu avant Ricci, la contribution de ce dernier réside dans sa tentative de fusionner le cœur de cette religion étrangère avec la culture chinoise. Il a parlé d’Adam et d’Ève sans complètement nier Fuxi et Shennong. Lorsqu’il a abordé le concept du péché originel, il a introduit le concept de « pratiquer le bien »习善tout en s’efforçant de brouiller la frontière entre la nature du mal et la pratique du bien, en affirmant que « la nature et la pratique sont difficiles à distinguer »难分由性由习. Il a même emprunté les termes bouddhistes de « Cibei »慈悲et « Pujue » 普觉pour exprimer les actions de Dieu.

À partir de Matteo Ricci, les Jésuites qui sont venus en Chine ont commencé un travail de traduction et d’introduction de la Bible qui a duré plus de trois cents ans, donnant lieu à de nombreux résultats. On peut dire que le Vrai sens du Seigneur du Ciel est l’une des premières œuvres en chinois à introduire la Bible, et elle a eu une influence importante sur les générations futures.7

 

7 Depuis Le Direct de la Bible par Yang Manuo jusqu'à L'Ancienne et la Nouvelle Bible par Feng Bingzheng, les Jésuites en Chine ont réalisé une introduction à la Bible. référence à Recherches sur: 张西平 (Zhang Xiping), 《明清之际<圣经>翻译研究》(Traduction de la Bible à l'époque des Ming et des Qing) , 载《交错的文化史早期传教士汉学研究史稿》 (“Histoire culturelle croisée: esquisses de l'histoire des études sinologiques des missionnaires au début”), 学苑出版社Xueyuan Publishing House), 2019 ; 贺清泰译李奭学、郑海娟主编 (Traduction et annotations de He Qingtai, édité par Li Shixue et Zheng Haijuan) :

《古新圣经残稿》(Fragment de l'Ancienne et de la Nouvelle Bible), 中华书局 (Maison d'édition de Chine) , 2014.

 

Ensuite, le Vrai sens du Seigneur du Ciel présente le système de l’Église catholique romaine.

À l’époque où Matteo Ricci vivait, c’était l’ère qui a suiviqui suivait la Renaissance, celle de l’émergence du protestantisme chrétien. À cette époque, la plupart des régions de l’Allemagne du Nord étaient principalement protestantes ; tandis que l’Autriche et le sud de l’Allemagne étaient catholiques. La Pologne, l’Italie, la Croatie, l’Espagne, le Portugal et la majeure partie de la France étaient catholiques. Une partie de la Suisse, des Pays-Bas et de l’Écosse était calvinistes8.

Matteo Ricci, en tant que missionnaire catholique, a présenté à la Chine le système ecclésiastique du catholicisme européen.

« Le lettré chinois a dit : Votre noble pays étant désormais familiarisé avec l’enseignement de Dieu, son peuple doit être sincère et vertueux, et ses coutumes doivent être élégantes et correctes. J’aimerais entendre ce qui est valorisé chez vous.

Le lettré occidental répond : Les efforts du peuple pour suivre la sainte doctrine ne sont pas toujours les mêmes. Ainsi, bien qu’il y ait un seul chemin, il ne peut être adopté de la même manière par tous. Cependant, en ce qui concerne l’étude de, dans nos pays voisins de l'Ouest, il est approprié de considérer l’apprentissage du Vertu comme l’activité principale. C’est pourquoi, même les souverains de chaque pays s’efforcent de préserver la transmission correcte de la Vertu.

Il y a aussi le titre le plus élevé, celui d’Empereur l’évangélisation, dont la mission est de promulguer les enseignements divins et de guider le monde. Les enseignements hétérodoxes et erronés ne sont pas autorisés entre les nations. Le rôle de l’évêque est d’avoir la terre de trois pays à sa disposition, mais il ne peut pas se marier, donc il n’a pas de descendants. On le choisit en fonction de ses talents et de ses vertus, et tous les dirigeants des autres pays lui rendent hommage en tant que vassaux. Puisqu’il n’a pas de biens personnels, il se consacre uniquement au bien public. Puisqu’il n’a pas de descendants, il considère tous les habitants du pays comme ses enfants. C’est pourquoi il travaille dur pour guider les gens sur la voie, et si ses capacités personnelles ne sont pas suffisantes, il désigne des personnes talentueuses et vertueuses pour enseigner et guider les autres pays à sa place. »9

(中士曰:贵邦既习天主之教,其民必淳朴,其风必正雅,愿闻所尚。西士曰:民之用功乎圣教,每每不等,故虽云一道,亦不能同所尚。然论厥公者, 吾大西诸国,且可谓以学道为本业者也,故虽各国之君,皆务存道正传。又立有最尊位,曰教化皇,专以继天主颁教谕论世为己职,异端邪说不得作于列国之间。主教者之位,享三国之地,然不婚配,故无袭嗣,择贤而立,余国之君皆臣子服之。盖既无私家,则惟公是务;既无子,则惟以兆民为子。是故迪人於道,惟此殚力;躬所不能及,则委才全德盛之人,代诲牧于列国焉。

 

8 [] 尼尼·斯马特著,高师宁等译 ( Nini Smart, traduit par Gao Shinin et al.), 《世界宗教》 (Religions du Monde), 北京大学出版社 (l'Université de Pékin), 2004, p.357.

9 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci)复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p.86.

 

Matteo Ricci exprime ici qu’en Europe, il existe déjà différentes formes d’expressions de la foi : «En ce qui concerne la manière dont le peuple pratique la sainte religion cela diffère souvent, donc bien que nous prônions une seule voie, les valeurs valorisées ne peuvent être les mêmes. » 民之用功乎圣教,每每不等,故虽云一道,亦不能同所尚。 Il suggère ainsi implicitement l’émergence du protestantisme chrétien, sans le mentionner directement.  Il  est  le  premier  à donner  au pape romain le  nom chinois

« Empereur de l’évangélisation »教化皇, titre qui a perduré jusqu’à l’époque de la dynastie des Qing de Kangxi et Qianlong康雍乾时代. Matteo Ricci expose la position du Saint-Siège de Rome, ses pouvoirs et ses relations avec les souverains des autres pays. Le terme «avoir la terre de trois pays à sa disposition »享三国之地fait référence aux trois pouvoirs du pape: 1. chef de l’Église catholique ; 2. souverain temporel de l’Italie centrale ; 3. chef d’autorité limitée sur les autres souverains chrétiens10. Cela signifie que le Saint-Siège de Rome est l’héritier de l’apôtre Pierre, le chef de l’Église catholique romaine dans le monde entier, représentant Jésus-Christ pour gérer l’Église et propager l’Évangile. Le pape est élu par le collège des cardinaux.11

Le système des ordres monastiques est l’une des formes organisationnelles importantes de l’Église catholique romaine. Chaque ordre est une communauté de prêtres sous la direction du pape et est divisé en différents ordres selon leur but ou leur méthode de formation. Les principaux ordres mendiants catholiques sont l’ordre dominicain Dominican Orderet l’ordre franciscain Ordo Fratrum Minorum. Matteo Ricci, dans son Vrai sens du Seigneur du Ciel, présente d’abord l’histoire de l’ordre franciscain, disant : « À une époque reculée, notre humble ville a donné naissance à un homme saint que les gens appellent aujourd’hui François. Il a fondé un ordre dont les règles sont strictes et la vertu est valorisée. Actuellement, il compte des dizaines demilliers de disciples, tous des hommes vertueux. »12徃时敝邑出一名圣神今人称为拂郎祭斯克首立一会其规戒精密以廉为尚今从者有数万友皆成德之士也。Ensuite, il met l’accent sur les idées et les méthodes d’action de la Compagnie de Jésus les Jésuites.

 

10 梅谦立注谭杰校勘 (Mei Qianli, Annotations et édition par Tan Jie),  《天主实义今注》(Annotation d’aujourd’hui sur Vrai sens du Seigneur du Ciel), 商务印书馆 (Maison d'édition commerciale), 2014, p.205.

11 Dans l'histoire de l'Église, « les privilèges pratiqués par la papauté romaine et les privilèges exercés

par celle-ci sont sans aucun doute les principales causes de la division entre les Églises d'Orient et d'Occident. » Au cours du dernier millénaire, le système papal tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existait pas, pas avant le 11e siècle avec Grégoire VII (1073-1085). Il a mis en place une nouvelle constitution révolutionnaire à l'église de Rome, connue sous le nom de Réforme grégorienne. L'ensemble de l'Église n'avait pour autorité que le Pape lui-même, qui détenait le pouvoir absolu de l'Église, de la théorie à la pratique, pour interpréter l'Évangile au nom des fidèles. Il était considéré comme le successeur de Saint Pierre et même le représentant du Christ, en d'autres termes, le représentant de Dieu. Cette transition du paradigme du christianisme s'est ainsi réalisée - du modèle ancien de l'Église universelle des compagnons (paradigme un) au modèle médiéval de l'Église

catholique romaine (paradigme deux). []汉斯·昆著杨煦生等译 (Hans Küng, traduit par Yang Xusheng et al.) 《世界宗教寻踪》(À la recherche des traces des religions du monde), 三联书店(Librairie Sanlian en), 2007, p.309.

 

 

« De plus, il y a plusieurs jeunes hommes nobles qui se réunissent fréquemment, voyagent dans toutes les directions pour enseigner et encourager la vertu. Parfois, des groupes se forment sous le nom de Jésus, peu de temps après leur établissement, Cependant, parmi ces trois ou quatre amis, leur renommée s’est répandue dans divers pays, et tous désirent les inviter pour attirer leurs enfants sur le vrai chemin. »13

又有豪士数会,其朋友出游四方,讲学劝善。间有敝会,以耶稣为号,其作不

久。然已三四友者,广闻信於诸国,皆愿求之以诱其子弟於真道也。

 

« Je suis parti avec deux ou trois de ces amis loyaux, abandonnant ma famille et mon pays, parcourant péniblement des milliers de kilomètres, sans aucun regret d’avoir établi ma résidence dans un pays étranger. C’est un grand bonheur pour moi de recevoir sincèrement leur enseignement. »

(吾从二三英友,弃家屏乡,艰勤周万里,而侨寓异土无悔也。诚心约受,乃吾大幸矣。

« Notre objectif dans ce groupe n’est pas autre que de diffuser la véritable voie dans toutes les directions. Si cette voie ne peut être propagée vers l’ouest, nous la déplacerons vers l’est. Si elle ne peut être propagée vers l’est, nous la déplacerons vers le nord ou le sud. Pourquoi se limiter à un seul endroit ? Un médecin bienveillant ne se restreint pas à un seul lieu, mais parcourt divers endroits pour guérir les maladies de tous, et c’est ainsi qu’il pratique largement la bienveillance. »14

敝会之趣无他,乃欲传正道於四方耳。苟此道西不能行,则迁其友于东。於东犹不行,又将徙之於南北,奚徒画身於一境乎?医之仁者,不系身于一处,必周流以济各处之病,方为博施。

Ceci est la première introduction du Jésuite dans les documents chinois, et cela mérite une attention particulière dans l’histoire des échanges culturels entre la Chine et l’Occident. La Compagnie de Jésus a été fondée en 1534 à Paris par l’Espagnol Ignace de Loyola, et a été officiellement approuvée par le pape Paul III en 1540. Elle a été créée en réponse au mouvement de réforme religieuse en Europe et était connue sous le nom de

« Compagnie de Jésus », fidèle au pape.

 

12 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p.65.

13 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p.86.

14 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p.89.

 

En 1552, le missionnaire Saint François Xavier est entré en Chine pour la première fois et le 3 décembre 1552, il est décédé de maladie sur l’île de Shangchuan dans le Guangdong广东上川岛. En 1583, Alessandro Valignano est entré à Zhaoqing肇庆, marquant le début de l’histoire de l’arrivée de la Compagnie de Jésus en Chine.

Ces connaissances, bien que fondamentales du point de vue de la propagation de la religion, sont en réalité totalement nouvelles. Dans les recherches antérieures sur Matteo Ricci, l’attention était principalement portée sur ses connaissances en astronomie, géographie et cartographie, et très peu de recherches avaient été consacrées à l’étude des connaissances religieuses qu’il avait présentées du point de vue de la transmission culturelle

Dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel, en plus des connaissances religieuses mentionnées ci-dessus, Matteo Ricci a principalement présenté les connaissances et les pensées de la philosophie religieuse occidentale lors de la démonstration de sa propre voie de prédication. Dans les recherches antérieures sur le Vrai sens du Seigneur du Ciel, la plupart se sont concentrées sur son dialogue avec le confucianisme, mais l’étude des connaissances et des pensées complètes de la philosophie religieuse occidentale qu’il a présentées dans ses discussions n’a pas été suffisamment explorée. Le Vrai sens du Seigneur du Ciel est une œuvre polémique, son contenu central ne peut donc être négligé.

Après son arrivée en Chine, Matteo Ricci a progressivement rendu compte des importantes différences de pensée entre les cultures chinoise et occidentale, principalement en ce qui concerne les questions de logique. Il a déclaré : « La seule science philosophique profonde que la Chine maîtrise est la philosophie morale, mais dans ce domaine, en raison d’introductions erronées, ils semblent non seulement ne pas avoir éclairci les choses, mais ont plutôt embrouillé les choses. Ils n’ont pas le concept de logique, ce qui fait qu’ils ne tiennent pas compte des liens internes entre les diverses branches lorsqu’ils traitent de certains préceptes de l’éthique. Pour eux, la science morale est simplement une série de maximes et de déductions confuses atteintes sous la lumière de la raison. »15

 

 

  1. Logique aristotélicienne présentée dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel

 

Dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel, Matteo Ricci présente la logique aristotélicienne à partir de deux aspects. Premièrement, il traite de la manière dont les concepts des choses sont classés. Deuxièmement, il aborde la théorie des catégories d’Aristote. Ces deux introductions de nouvelles connaissances sont sans précédent en Chine. Commençons par l’introduction de la pensée d’Aristote sur la classification.

 

15 []利玛窦等 (Matteo Ricci, et al.), :《利玛窦中国札记》(Notes chinoises de Matteo Ricci), 何高济、王遵仲、李申译traduit par He Gaoji, Wang Zunzhong, Li Shen), 广西师范大学出版社 (l'Université du Guizhou), 2001, p. 23.

 

Dans Les Catégories, Aristote établit les critères de classification des catégories en analysant les relations entre les noms et les choses, les prédicats et les sujets. Il crée ainsi une théorie logique en partant de la signification des mots. Il explique que lorsque plusieurs choses partagent un même nom, mais que les définitions correspondant à ces noms sont différentes, alors le nom est « homonyme ». Par contre, si plusieurs choses non seulement partagent un même nom, mais ont également une même définition correspondante, alors le nom est « synonyme ».16

« Concernant la classification des choses, Les lettrés de votre pays sont appelés : certaines ont une forme, comme les métaux et les pierres ; d’autres ont une vie et grandissent, comme les plantes ; d’autres encore ont perception, comme les oiseaux et les animaux ; Ou perfectionné davantage pour acquérir un talent spirituel, comme les êtres humains. Nos savants d’Occident ont une classification plus détaillée, mais les catégories sur lesquelles ils s’appuient sont si nombreuses qu’il est difficile de toutes les représenter graphiquement. Je vais donc en donner un aperçu en mentionnant spécialement les neuf catégories principales. Chaque objet dans ce monde possède une catégorie spécifique, certaines appartiennent aux êtres doués d'esprit, d’autres aux êtres insensibles. Si je transmets cela aux étrangers : en Chine, certains confucéens prétendent que les oiseaux, les bêtes, les plantes, les métaux et les pierres possèdent tous un esprit et sont égaux aux humains. N'est-ce pas surprenant? »17

分物之类贵邦士者曰;或得其形如金石是也;或另得生气而长大如草木是也;或更得知觉如禽兽是也;或益精而得灵才如人类是也。吾西洋之士犹加详焉, 观后图可见。但其倚赖之类最多,难以图尽,故略之,而特书其类之九元宗云。凡此物之万品,各有一定之类,有属灵者,有属愚者。如吾於外国士传:中国有儒谓鸟兽草木金石皆灵,与人类齐。岂不令之大惊哉?

Le lettré chinois propose que les choses puissent être classées en fonction de leur taille et de leur distinction entre l'essentiel et l'accessoire. Matteo Ricci critique cela en disant :

« La taille, la distinction entre partie principale et partie secondaire ne suffisent pas pour classifier, elles ne servent qu’à distinguer différents degrés au sein d’une même catégorie. Une montagne principale et une montagne accessoire,, une grande montagne et une petite montagne, toutes appartiennent à la catégorie des montagnes. Les sages obtiennent une essence spirituelle plus grande, les ignorants obtiennent une essence spirituelle plus petite, les gens vertueux ont une essence spirituelle normale, les incompétents ont une essence spirituelle déviée. Ces distinctions impliquent différentes catégories. Si la classification repose sur la taille, la distinction entre l'essentiel et l'accessoire, alors au sein de la même catégorie, il y a une multitude de différences, du plus grand au plus petit, du principal au secondaire, et il y aurait ainsi de nombreuses catégories. »18

(夫偏正大小,不足以别类,仅别通类之等耳。正山偏山,大山小山,并为山类也。智者获灵之大,愚人获灵之小,贤者得灵之正,不肖得灵之偏,岂谓异类者哉? 如小大偏正能分类,则人之一类,灵之巨微正僻,其类甚多。

 

16 苗力田主编 (Mi Litian), 《亚里士多德全集》第一卷 (Œuvres complètes d'Aristote Ⅰ), 中国人民大学出版 (l'Université du peuple), 2017, p. 3.

17 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p. 38.

 

 

Matteo Ricci n’est pas d’accord avec le point de vue du lettré chinois, selon lequel la classification devrait être basée sur la taille et la distinction entre l'essentiel et l'accessoire. Il soutient que pour différencier les catégories, on ne peut se contenter que de deux critères : Il soutient que pour différencier les catégories, on ne peut pas simplement classer en fonction des différences de quantité.

« Dans ce monde, il n’y a que deux categories, l’existence et la non-existence. C’est ainsi que l’on peut distinguer les choses différentes. Ainsi, en utilisant ces deux critères, nous pouvons distinguer les différentes catégories d’objets : ceux qui ont une forme sont une catégorie, ceux qui n’ont pas de forme en sont une autre ; ceux qui sont vivants sont une catégorie, ceux qui ne sont pas vivants en sont une autre ; seuls les êtres humains ont la capacité de raisonner, donc ils sont une catégorie à part, et il n’y a aucune autre catégorie comparable dans le monde entier. »19

(审世上固惟二者,可以别物异类焉耳。试言之:有形者为一类,则无形者异类也;生者为一类,则不生异类也;能论理者惟人类本分,故天下万类无与能论也。

Lorsque le lettré chinois propose de classifier les choses en se basant sur leurs apparences extérieures, Matteo Ricci estime que la classification basée sur les apparences n’est pas un principe valable. Autrefois, le philosophe Gaozi 告子pensait qu’on pouvait diviser les choses en fonction de leur couleur blanche, mais il fut critiqué par Mencius孟子. Ainsi, en classant les objets par leurs apparences, cela ne signifie pas qu’ils sont classés selon leur nature intrinsèque. Si on classait les choses par leurs apparences, alors la nature du chien serait similaire à celle du bœuf, et la nature du chien et du bœuf serait également similaire à celle de l’homme. Après Gaozi, il y eut un autre Gaozi. Il souligne donc que la classification basée sur les apparences est insuffisante.

En réalité, cela introduit la pensée de classification d’Aristote, pour lui « celui qui comprend clairement les catégories, observe les comportements de chaque catégorie, étudie attentivement leur nature essentielle et examine scrupuleusement leurs objectifs » .

 

18 朱维铮 (Zhu Weizheng), 《利玛窦中文著译集》 (Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci), 复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p. 38.

19 朱维铮 (Zhu Weizheng), 《利玛窦中文著译集》 (Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci), 复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001, p. 38.

 

明于类者,视各类之行动,熟察其本情,而审其志之所及。D’un point de vue de principe de classification plus large, il considère que :

« Les objets peuvent être classés en deux catégories principales : ceux qui existent indépendamment, et ceux qui dépendent d’autres entités pour exister. Les objets qui n’ont pas besoin d’autres entités pour être considérés comme des objets et qui peuvent se tenir par eux-mêmes incluent le ciel, la terre, les esprits, les êtres humains, les oiseaux, les animaux, les plantes, les métaux, les pierres et les quatre éléments, etc. Ce sont les objets qui existent indépendamment. D’un autre côté, il y a des objets qui ne peuvent pas exister par eux-mêmes mais qui sont considérés comme des objets grâce à leur dépendance à d’autres entités. Cela inclut les cinq constantes, les cinq couleurs, les cinq sons, les cinq saveurs, les sept émotions, etc. Ce sont les objets qui dépendent d’autres entités pour exister. »20

(夫物之宗品有二:有自立者,有依赖者。物之不恃别体以为物,而自能成立,如天地、鬼神、人、鸟兽、草木、金石、四行等是也,斯属自立之品者;物之不能立, 而托他体以为其物,如五常、五色、五音、五味、七情等是也,斯属依赖之品者

Il a classé toutes choses en utilisant les concepts logiques de « entité indépendante » et« entité dépendante ». Son objectif était de critiquer Néoconfucianisme des dynasties Song et Ming宋明理学 affirmant que le « Li » et le « Taiji »太极ne peuvent pas engendrer toutes choses, qu’ils ne peuvent pas exister indépendamment, mais qu’ils appartiennent plutôt à des attributs et sont des entités dépendantes. Il a traduit la catégorie aristotélicienne de « substance » en « entité indépendante » et a subdivisé les « entités dépendantes » en neuf catégories, réalisant ainsi une classification globale.

 

Dans le quatrième volume du Vrai sens du Seigneur du Ciel, dans la section intitulée Discours sur la Distinction entre les fantômes et les Âmes Humaines, et sur l'explication que les choses du monde ne peuvent pas être considérées comme une seule entité《辩释鬼神及人魂异论而解天下万物不可谓之一体》. il a présenté un Diagramme de classification des entités《物宗类图》.

 

20 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2012, p. 18.

 

La carte de Matteo Ricci provient de quel endroit ? Ou plus précisément, il présente les points de vue de quel savant en logique de l’époque ? En fait, il s’agit d’un célèbre érudit Porphyre 234-305, un néoplatonicien de l’époque médiévale, qui a commenté les Catégories d’Aristote et ses définitions dans son ouvrage intitulé Introduction aux Catégories et qui, selon les concepts d’Aristote, a dessiné un arbre de classification des objets basé sur leur ressemblance avec des arbres. Cela a été appelé par la postérité« L’arbre de Porphyre » Arbor Porphyriana.

L’arbre de Porphyre est une forme de schématisation des catégories et des définitions selon la pensée d’Aristote. Cependant, ce système développé par le philosophe néoplatonicien ne résiste pas à l’analyse sémantique moderne concernant l’utilisation des termes « noms » et « concepts ». Au XVIIIe siècle, le célèbre érudit Ephraim Chambers 1680-1740en a fait une description dans son Cyclopædia, sans préciser le nom de Porphyre, mais simplement en mentionnant qu’il s’agissait d’un philosophe scolastique. Cependant, ce schéma correspond généralement aux Catégories d’Aristote.

 

En tant que commentateur, Porphyre traitait les Catégories d’Aristote avec un grand respect et prudence, n’osant pas dépasser les limites établies. Cependant, cette approche mécanique dérivée ne pouvait naturellement pas satisfaire une pensée encyclopédique. L’arbre d’Eco, développé par les générations suivantes, met en évidence les lacunes de cette classification trop simpliste.21

 

21 张汉良(Zhang Hanliang), 《亚里士多德的分荑学師近代生物学分类》 (La classification moderne de la biologie basée sur les catégories d'Aristote), 载《符号与传媒》(Symbole et Médias), n.17, 2018.

 

Si l’on compare la Diagramme de classification des entités de Matteo Ricci à la classification de Porphyre, il est évident que celle de Ricci est beaucoup plus complexe. À travers cette carte, on peut voir comment Matteo Ricci présente la pensée de classification d’Aristote.

 

 

  1. Nouvelles notions de logique dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel

 

En examinant le Catégories d’Aristote, Ricci déclare :

 

« Les érudits d’Occident vont encore plus en détail, ce qui est visible dans les graphiques ultérieurs. Cependant, la plupart de ces dépendances sont si nombreuses qu’il est difficile de les représenter toutes graphiquement. Par conséquent, nous les abrégeons et mettons en évidence neuf concepts, appelés ‘Neuf catégories’ dans le coin inférieur droit du schéma. »

(吾西洋之士犹加详焉,观后图可见。但其倚赖之类最多,难以图尽,故略之, 而特书其类之九元宗云。

Les « Neuf catégories » mentionnés sont les neuf concepts listés dans les cadres en bas à droite du schéma. En étudiant le Diagramme de classification des entités, nous pouvons voir que Matteo Ricci énumère les neuf concepts d’Aristote un par un :

 

Combien几何: deux, trois, pouce, coudée, etc. se regarder相视: souverain-sujet, père-fils, etc. Comment est-ce何如: noir, blanc, froid, chaud, etc. Conduite作为: transformer, blesser, marcher, parler, etc. Résister抵受: être transformé, être blessé, etc. Quand何时: jour, nuit, année, siècle, etc. 何所: village, maison, salle, place, etc. Posture体势: debout, assis, couché, renversé, etc. Porter穿得: robe, jupe, champ, étang, etc.22

Dans les Catégories d’Aristote, il est dit que toutes les catégories non composées incluent:

« substance, quantité, qualité, relation, lieu, temps, situation, possession, action et réception. Pour donner quelques exemples: Substance: l’homme et le chevalQuantité : d eux coudées de long ou trois coudées de long. Qualité: blanc, cultivé. Relation : moitié, t rois fois plus grand que... Lieu : à Lykeion, au marché. Temps : comme hier, l’année dernière. Position: allongé, assis. Possession: portant des chaussures, portant une armure. Action: diviser, allumer. Passion: être divisé, être allumé. »23

(一切非复合词包括:实体、数量、性质、关系、何地、何时、何处、所有、动作、承受。举个例子来说,实体,如人和马;数量,如两肘长、三肘长;性质,如白色的有教养的;关系如一半三倍大于;何地,如在吕克昂在市场 何时,如昨天去年;所处,如躺着坐着;所有,如穿鞋的贯甲的;动作,如分割点燃;承受,如被分割被点燃

Si nous procédons à une analyse comparative, nous découvrirons comment Matteo Ricci a réalisé une transformation créative des catégories d'Aristote en les intégrant dans les concepts traditionnels chinois. Cette approche, marquant la première utilisation des termes traditionnels chinois pour exprimer la catégorisation aristotélicienne, constitue une contribution majeure au dialogue interculturel. La comparaison des termes originaux d'Aristote avec ceux adoptés par Ricci en chinois nous permet de mieux saisir l'ampleur et la profondeur de sa contribution.

Quantité - “Combien”几何: En chinois ancien, Combien几何exprime la quantité de quelque chose, à savoir combien ou pendant combien de temps. Dans Les Neuf Chapitres sur l’Art Matmatique《九章算术》, à la fin de chaque problème, on posait la question : « combien… ?». Matteo Ricci utilisa le terme « Combien » de manière très appropriée pour exprimer la catégorie de « quantité », et les exemples qu’il donna étaient similaires à ceux donnés par Aristote.

Qualité - Comment est-ce何如. Dans les textes anciens, Comment est-ce何如est utilisé pour poser une question sur la manière dont quelque chose est, c’est un pronom interrogatif. Dans Les Annales de Zuo- Vingt-septième année du Duc Xiang《左传·襄公二十七年》, on trouve : Zimu子木demanda à Zhao Meng赵孟: « Comment est la vertu de Fan Wuzi范武子之德何如Dans Les Entretiens de Confucius - Apprendre et étudier《论语·学而》, on trouve : Zigong子贡dit : « Pauvre mais sans flatterie, riche mais sans arrogance, comment est-ce ? » Confucius répondit : « C’est bien. Ce n’est pas aussi bon que d’être pauvre et joyeux, ou d’être riche et aimer les rituels. »子贡曰:贫而无谄,福而无骄,何如?子曰:可也。未若贫而乐,富而好礼者也。’”Matteo Ricci utilisaComment est-cepour exprimer la catégorie de « Qualité » d’Aristote, ce qui était globalement correct, les exemples qu’il donna étaient proches de ceux d’Aristote.

 

22 朱维铮 (Zhu Weizheng),《利玛窦中文著译集》(Recueil des écrits et traductions en chinois de Matteo Ricci),

复旦大学出版社 (l'Université Fudan), 2001.

23 苗力田主编 (Mi Litian) ,《亚里士多德全集》(Œuvres complètes d'Aristote Ⅰ), 中国人民大学出版社

(Éditions de l'Université du peuple), 2017.

 

Lieu - 何所: En chinois ancien, 何所exprime le lieu où quelque chose se trouve. Par exemple, dans Mémoires historiques : Mémorial de l'Empereur Xiaowu《史记·武本记》, on trouve : Les gens pensaient tous qu’il n’était pas engagé dans la gestion de propriétés mais qu’il avait quand même de la richesse,De plus, on ne sait pas d'où il vient.人皆以为不治产业而饶给,又不知其何所人。Matteo Ricci a utilisé la catégorie « Où », ce qui est très approprié, et les exemples donnés sont proches de ceux d’Aristote.

Temps - Quand(何时): En chinois ancien, quand(何时)exprime une interrogation sur le moment, comme dans Les chants de Chu· Les Neuf Argumentations《楚辞·九辩》: Le ciel est débordant et les pluies d’automne tombent, quand les hommes vertueux seront-ils récompensés ? 皇天滛溢而秋霖兮,后士何时而得乾?Et dans Histoire de Song - Biographie de Yue Fei《宋史·岳飞传》, on trouve : Certains demandent : « Quand le monde sera-t-il en paix ? »或问:天下何时太平?’”Bien que dans l’ancienne langue chinoise « quand » soit un mot interrogatif, il se rapporte au temps. Donc, l’utilisation est tout à fait appropriée, et les exemples donnés sont similaires à ceux d’Aristote.

Position-posture 体势. En ancien chinois, le terme posture体势a deux significations. La première désigne l’éta tconfiguration formelle形体态势. Dans le poème Ode à la Capitale de l’Ouest de Ban Gu班固《西都赋》: Alors, l’Empereur monta au Pavillon de Jade, parcourut les pavillons de saules, observa la forme des montagnes et des rivières, et contempla les exploits des trois armées.於是天子乃登屬玉之馆历长杨之榭览山川之体势观三军之杀获。Ou dans la préface de Wang Bo à L’Adieu au Pavillon du Roi Teng à Hongwu唐,王勃《秋日登洪府滕王阁饯别序》: Les étangs, les îles lointaines, les palais de bois de Cinnamomum et les résidences de magnolias, tous forment une configuration majestueuse de collines et de montagnes.鹤汀鳧渚,穷岛屿之萦迴,桂殿兰宫,列冈峦之体势。La deuxième signification fait référence à la structure et au style des poèmes, des écrits et des peintures. Dans Le Dragon sculpté dans le cœur des textesde Liu Xie南朝刘勰《文心雕龙·定势》: Les cercles ont une structure régulière, leur force réside dans leur rotation ; les carrés ont une forme rectangulaire, leur force réside dans leur stabilité. En ce qui concerne les écrits, leur structure et leur style sont simplement ainsi.圓者規体其勢也自转方者矩形其勢也自安。文章体势,如斯而已。Ou dans la préface de Fan Zhongyan à L’Évaluation du Recueil Forestier (宋,范仲淹《<赋林衡鉴>序》: Dans sa jeunesse, Zhongyan fréquentait les cercles littéraires, recevant des enseignements sur les mots et les rythmes... Il critiquait les problèmes de prononciation en utilisant les normes actuelles du ministère des rites et divisait les vingt catégories pour analyser leur forme.仲淹少遊文场,尝禀詞律……其於句读声病,有今礼部之式焉,别析二十门,以分其体势。En examinant les exemples cités par Matteo Ricci, on peut constater que la première signification du chinois ancien correspond à celle d’Aristote.

Relationse regarder 相视. Dans l’ancien chinois, ce terme a deux significations. La première signification est « se regarder mutuellement »相对注视, comme dans le passage de Zhuangzi - Le Grand Maître 《庄子·大宗师》: Les quatre hommes se regardèrent et sourirent, car personne ne se sentait en conflit avec les autres dans leur cœur.四人相视而笑莫逆於心。La deuxième signification est de « traiter avec attention et soin », comme dans le récit Contes Étranges du Studio de Papillons - Liu Quan

《聊斋志异·刘全》: Les deux hommes précédents sortirent également, et Liu Quan recommanda également de bien regarder mutuellement en chemin.前二人亦与俱出又嘱途中善相视。Aucune de ces deux significations ne correspond au concept d’Aristote sur la « relations ». Il semble que Matteo Ricci ait attribué une nouvelle signification à « se regarder ».

Possession – porte穿得. Dans Contes Moraux pour éveiller le Monde - Trois voyages de DZichun  à  Chang’an《醒世恒言·杜子春三入长安》iesécrit  :  Lvieihommeportait une ceinture de soie à la taille et des chaussures de chanvre aux pieds.老者腰系丝縧脚穿麻履。Matteo Ricci a utilisé « porter » 穿得 pour exprimer le concept de « possession », mais il diffère quelque peu du concept d’Aristote sur l’usage des choses, qui implique une signification de « forme physique ». Cependant, les exemples donnés par Matteo Ricci concernent uniquement des articles vestimentaires, et ne représentent pas la forme physique de celui qui « porte des chaussures ». Si l’exemple avait été échangé pour « porter une robe » cela aurait été plus approprié. De plus, l’utilisation par Matteo Ricci de « 田池»tiánchícomme exemple n’est pas appropriée. Dans l’ancienne langue, « »pouvait signifier « chasser » et « » désignait une étendue d’eau pour la navigation de plaisance. Par exemple, « Le plaisir de la chasse dans les étangs et les champs, rivalisant avec les plaisirs royaux »田池射猎之乐擬於人君。)(Les Mémoires Historiques : Biographie des Marchands et des Hommes d’Affaires《史記·货殖列传》; Ou bien, dans les écrits de Bao Pu Zi281-341dans le chapitre Wu Shi du recu eil Bao Pu Zi《抱朴子外篇·吴失》: Les serviteurs se rassemblent en armée, fermant la po rte pour faire du commerce, les bovins et les moutons remplissent les plaines et les mar ais, les étangs et les champs s’étendent sur des milliers de li.僮仆成军,闭门为市,牛羊掩原隰,田池布千里。Il est évident que cet exemple donné par Matteo Ricci n’est pas pertinent.

 

Action -agir en tant que 作为En ancien chinois, il a le sens de « créer », comme dans le poème Poète - XiaoyaXiangbo 《诗·小雅·巷伯》: Mencius a créé ce poème.人孟子作为此诗。Il a également le sens de « ce qui est fait, actions », comme dans le poème de Bai Juyi Ce Xiang - Premier白居易《策项一》: Le bien et le mal de la transformation dépendent des actions du gentilhomme.化之善否,系乎君子之作为。 Matteo Ricci a utilisé le terme 'actions' pour exprimer le concept d' 'action' de manière très pré cise et les exemples qu’il a utilisés correspondent également à la signification d’Aristote.

Passion – Endurance - 'résister et recevoir'   抵受. En ancien chinois, cela a le sens de'frapper de côté'. Dan 'L'Histoire des Han postérieurs - Biographie de Liu Xuan' 《后汉书·刘玄传》, il est écrit : Il se leva et frappa violemment le bureau.抵破书案。Li Xian 李贤 commente: 'frapper, c'est aussi résister'. Matteo Ricci a utilisé 'résister et recevoir' pour exprimer le concept d'endurance de manière appropriée, et les exemples qu'il a utilisés correspondent également à l'intention d'Aristote.

Ainsi, nous constatons que Matteo Ricci a introduit pour la première fois de manière complète la catégorisation d’Aristote dans son ouvrage Vrai sens du Seigneur du Ciel. Toutes ces notions ont été sélectionnées à partir de la langue chinoise ancienne, ce qui démontre sa connaissance et sa familiarité avec la culture linguistique chinoise. Il s’agit de la première traduction en chinois des neuf concepts des « Catégories » d’Aristote, et il est indéniable que Matteo Ricci a rencontré des difficultés lors de cette traduction, car la Chine n’avait jamais eu de système logique occidental comme celui d’Aristote. Même dans les concepts du néoconfucianisme des dynasties Song et Ming宋明理学, il ne semblait pas y avoir de termes spécifiques pouvant être utilisés pour traiter les Catégories d’Aristote.24 Malgré cela, Matteo Ricci a réussi à trouver les équivalents en chinois pour les dix catégories à partir des textes chinois classiques.25 Bien que quelques catégories aient nécessité des discussions, il s’agissait tout de même de la première introduction des Catégories d’Aristote en Chine, ce qui mérite d’être salué.

 

 

24 徐光台 (Xu Guangtai), 《明末西方<范畴论>重要语词的传人与翻译--<天主实义><名理探>载姚小平主编《海外汉语探索四百年管窥》 (La transmission et la traduction des termes importants de la catégorie à la fin de la dynastie Ming depuis Vrai sens du Seigneur du Ciel jusqu'à L'exploration des noms et des principes, dans Yao Xiaoping, Exploration du chinois à l'étranger depuis 400 an), p. 22, 外语教学与研究出版社 (Foreign Language Teaching and Research Press), 2008.

« D'un point de vue de la propagation de la science occidentale, l'importance de Vrai sens du Seigneur du Ciel réside dans deux aspects. Tout d'abord, en tant qu'exemple du modèle de démonstration

d'Aristote, ce livre utilise la 'lumière de la raison' pour prouver les erreurs de la religion et de la vision du monde chinoises, persuadant ainsi les lecteurs d'accepter la justesse de la doctrine catholique correspondante. À cette fin, le livre introduit plusieurs concepts importants d'Aristote, tels que la

théorie des quatre causes, les quatre éléments, l''être' de l'ontologie, ainsi que les dix catégories, etc... [] 安国风著纪志刚等译 (Peter M. Engelfriet, traduit par Ji Zhigang et al.), 《欧几里得在中国》(Euclide en Chine), 江苏人民出版社 (Éditions Jiangsu People's Publishing House), 2008, p78. Cf. 张西平(Zhang Xiping), 《中国与欧洲早期宗教和哲学交流史》(Histoire des échanges religieux et philosophiques entre la Chine et l'Europe au début), 第二章入华传教士对亚里士多德哲学的介绍’(Chapitre 2 : Introduction des missionnaires en Chine à la philosophie d'Aristote), 东方出版社 (Éditions Orientales), 2001.

25 Xu Guangtai discute dans son article de l'origine linguistique des concepts chinois utilisés par Matteo

Ricci lorsqu'il traduisait les dix concepts, ainsi que de leur signification, pp. 22 - 25.

 

Le travail de Matteo Ricci a également eu un impact sur les missionnaires ultérieurs en Chine lorsqu’ils ont introduit la logique occidentale.

Lorsque Li Zhizao李之藻et François Furtado ont traduit L’exploration des noms et deprincipes《名理探》,26   ilonsystématiquemenintroduillogiqud’Aristoten Chine, et lorsqu’ils ont abordé les Catégories d’Aristote, ils ont également intégré la traduction de Matteo Ricci.

 

« Ce qui est dit comme étant ‘inapproprié et désigné’, désigne soit un être autonome 自立体, soit une quantité 几何者, soit une ressemblance 何似者, soit une relation réciproque 互视者, soit un lieu approprié 切所者, soit un moment 何时者, soit une posture 体势者, soit une ornementation 受饰者, soit une action 作为者, soit une endurance 抵受者. L’autonome, comme le ciel et l’homme ; la quantité, comme la mesure ;

la ressemblance, comme le noir et le blanc ; la relation réciproque, comme le ‘l’un l’autre’ ; le lieu approprié, comme la maison ; le moment, comme l’année et le mois ; la posture, comme assis et debout ; l’ornementation, comme les vêtements et les accessoires; l’action, telle que guider; la réception, telle que recevoir et répondre. Les dix catégories sont toutes spécifiques, sans pouvoir être qualifiées de justes ou fausses, car elles sont seulement harmonieusement associées, et les erreurs éventuelles seront corrigées ultérieurement. »27

(不合而谓者,或指自立体,或指几何者,或指何似者,或指互视者,或指切所者,或指何时者,或指体势者,或指受饰者,或指作为者,或指抵受者。自立,如天人;几何,如尺寸;何似,如黑白;互视,如彼此;切所,如舍宅;何时,如岁月; 体势,如坐立;受饰,如服作;为御,如施感;抵受,如承应。十者皆专称,无是非可论,盖惟相合而成,后有是非。

Jukes Alen, 1582-1649 a également introduit la théorie des catégories d’Aristote dans son ouvrage Tout sur l’étude de l’Occident. Il est évident qu’il a été influencé par l’œuvre de Matteo Ricci, le Vrai sens du Seigneur du Ciel, dans la manière dont il a nommé et expliqué les catégories en chinois. Il dit :

« Un type est appeléindépendant’自立者, tel que le ciel, la terre, l’homme et les choses ; un autre est appelé ‘dépendant’依赖者, ne pouvant pas être autonome mais existant en fonction de quelque chose d’autre. Le type ‘indépendantappartient à une seule catégorie, tandis que le type ‘dépendant’ est divisé en neuf catégories. Le premier est la ‘quantité’几何, telle que la mesure de longueur, de largeur, etc. ; le deuxième est  la ‘relation’相接, telle que la relation entre souverain et sujet, père et fils, etc. ; le troisième est la 'qualité' quelle condition/quel état, telle que le noir et le blanc, le froid et le chaud, le doux et l’amer, etc. ; le quatrième est l‘action’作为, telle que changer, blesser, marcher, parler, etc. ; le cinquième est laréception’抵受, telle que subir des changements, des blessures, etc. ; le sixième est letemps’何时, tel que le jour, la nuit, l’année, etc. ; le neuvième est l’ ‘usage’得用, tel que l’utilisation de vêtements, de jupes, de champs, etc. »28

(一谓自立者,如天地人物;一谓依赖者,不能自立,而有所赖焉以成。自立者独一宗,依赖者而分为九宗。一为几何,如尺寸一十等;二为相接,如君臣、父子等; 三为何状,如黑白、冷热、甘苦等;四为作为,如化伤行言等;五为抵受,如被化伤等;六为何时,如昼夜年世等;九为得用,如用袍裙,如用田池等。

 

26 L'exploration des noms et des principes est le titre chinois de la traduction de In Universam Dialecticam Aristotelis, un commentaire complet d'Aristote sur la dialectique. 王建鲁 (Wang Jianlu),

<名理探><辩证法大全注释>比较研究》(Étude comparative de L'exploration des noms et des principes et de In Universam Dialecticam Aristotelis), 中国社会科学出版社 (Éditions des Sciences Sociales de Chine), 2014.

27 傅汎际,李之藻 (Fu Fanji, Li Zhizao), 《名理探》 (L'exploration des noms et des principes), 载张西平等主《梵蒂冈图书馆藏明清中西文化交流史文献丛刊》第 36 (dans Zhang Xiping et al., Collection des documents sur l'histoire des échanges culturels sino-occidentaux au début des périodes Ming et Qing conservés à la Bibliothèque du Vatican), volume 36, 大象出版社 (Da Xiang Publishing), 2014, p. 426.

 

Dans ce passage, Jukes Alen a conservé en grande partie les noms et explications des neuf catégories du Vrai sens du Seigneur du Ciel, à l’exception du terme « se regarder » 相视 utilisé par Ricci pour décrire la catégorie des relations, qu’il a remplacé par « se rencontrer » 相接. Il a également changer la catégorie qui exprime la nature/qualité, de 'Comment est-ce'(何如) à 'quel état'(何状)." De plus, il a remplacé le terme « porter »(穿得utilisé par Ricci pour décrire la catégorie de l’usage des objets par   utilisabilité(得用. Dans l’ensemble, les neuf catégories ont été essentiellement conservées et leurs explications sont largement inspirées du Vrai sens du Seigneur du Ciel.

D’après les présentations ci-dessus, on peut voir que Matteo Ricci dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel, Li Zhizao dans L’exploration des noms et des principes et Jukes Alen dans Tout sur l’étude de l’Occident ont tous introduit la logique d’Aristote. Dans ce sens, Matteo Ricci a ouvert deux perspectives, à la fois générales et spécifiques, pour traiter de l’introduction et de la traduction des termes importants de la catégorie occidentale en Chine29 : sur le plan général, afin de siniser la théologie chrétienne et les connaissances connexes, il a introduit, sous le nom de « Étudier les choses pour atteindre la compréhension ultime »格物穷理, les études occidentales, y compris la théologie chrétienne, dans la philosophie classique, la rendant ainsi légitime pour la sinisation ; sur le plan spécifique, pour traiter du fait que l’origine véritable de toutes choses est le Créateur et non pas le principe Li ou le « Taiji »太极, dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel, il a introduit les dix catégories d’Aristote. M. Xu Guangtai   徐光台a souligné lcomplexité de la connaissance occidentale entrant en Chine : d’une part, la catégorie présentée par Matteo Ricci était une nouvelle connaissance, d’autre part, en la présentant, il l’a localisée, sinisée en utilisant les termes de la culture chinoise ancienne. Cependant, cette approche visait toujours à critiquer l’ontologie du Li et du Taiji de la philosophie classique et à établir la véracité de la connaissance occidentale. Quelle méthode utiliser pour résoudre le problème de la légitimité de la philosophie classique ? La logique. En distinguant entre « ce qui est indépendant »et « ce qui dépend d’autre chose », il a montré que le « Li » et le « Taiji » ne sont que des attributs, non des entités autonomes.

 

28 艾儒略 (Jukes Alen),《西学凡》(Tout sur l'étude de l'Occident), 载张西平等主编《梵蒂冈图书馆藏明清中西文化交流史文献丛刊》(dans Zhang Xiping et al., dans Collection des documents sur l'histoire des échanges culturels sino-occidentaux au début des périodes Ming et Qing conservés à la Bibliothèque du Vatican), volume 35,  大象出版社 (Da Xiang Publishing), 2014, pp. 312-313.

29 徐光台(Xu Guangtai ):《明末西方<范畴论>重要语词的传入与翻译<天主实义><名理探> (La transmission et la traduction des termes importants de la catégorie à la fin de la dynastie Ming depuis Vrai sens du Seigneur du Ciel jusqu'à L'exploration des noms et des principes), 载姚小平主编《海外汉语探索四百年管西洋汉语研究国际研讨会暨第二节中国语言史研讨会论文集》 (dans Yao Xiaoping, Colloque international sur la recherche du chinois d'outre-mer depuis 400 ans et deuxième colloque sur l'histoire de la langue chinoise), 外语教学与研究出版社 (Foreign Language Teaching and Research Press), 2008, p. 40.

 

Les échanges de connaissances en contexte interculturel et la rencontre et la traduction de différentes cultures ne sont jamais des processus simples. Les efforts et la dualité présentés par Matteo Ricci sont précisément l’état normal des échanges culturels et des traductions de pensées.

Si l’on considère que Matteo Ricci a traduit le terme « accident » en latin : accidenteen « dépendant »依赖者, et qu’il a réussi à expliquer et nommer les neuf catégories en chinois dans un esprit de sinisation, on constate que traduire le terme « substance » en latin : substantiaen « indépendant »自立者était beaucoup plus difficile. Dans la théorie des catégories d’Aristote, la logique moderne traduit « accidents »    en « entités ». Chad Hansen陈汉生dans son livre « La langue et la logique dans la Chine ancienne »《中国古代的语言与逻辑》considère que, du fait que l’ancien chinois est constitué de« noms » et que chaque « nom » correspond à une « entité », les « individus » ne sont que des parties constitutives des « noms » qui les désignent, sans avoir aucun sens abstrait au sens occidental ou platonicien. Dans le système logique chinois, il n’y a pas de théorie d’entité abstraite, ni de théorie d’entité spirituelle.30

Linguiste français Emile Benveniste, après avoir étudié la logique d’Aristote, estime que les catégories d’Aristote ne sont que l’expression des formes des langues indo-européennes. Les catégories de pensée d’Aristote correspondent à des catégories linguistiques, c’est-à-dire que les catégories de pensée d’Aristote sont également des catégories linguistiques. Ses catégories ne conviennent pas à toutes les langues, car elles sont basées sur l’analyse de la grammaire grecque, c’est-à-dire qu’elles sont basées sur des langues individuelles limitées dans le temps et l’espace. La caractéristique de la grammaire grecque a conduit à la construction et à la réalisation du système de structure des langues occidentales, et ce phénomène grammatical particulier a été exagéré pour entrer directement dans les « entités » elles-mêmes. Lorsque ces entités pénètrent dans une langue incompatible avec elles, des problèmes surgissent.31

 

30 王建鲁 (Wang Jianlu), <名理探><辩证法大全注释>比较研究》(Étude comparative de L'exploration des noms et des principes et de In Universam Dialecticam Aristotelis), 中国社会科学出版社 (Éditions des Sciences Sociales de Chine), 2014, p. 3.

31 王建鲁彭自强 (Wang Jianlu, Peng Ziqiang),<范畴篇>十范畴<名理探>十伦比较分析》(Analyse comparative de 'Dix catégories' dans les Catégories et L'exploration des noms et des principes), 《哲学研究》(Zhexue Yanjiu, 2Études philosophiques), 2010.

 

Matteo Ricci était confronté à cette application transculturelle de la langue et de la pensée, et s’il pouvait trouver des concepts et des explications correspondant aux neuf catégories de « dépendants » dans la pensée chinoise ancienne,32 il a rencontré beaucoup plus de difficultés pour exprimer les « indépendant »自立者. Il a finalement énuméré onze formes possibles d’autonomes: certains ont une forme tangible或有形; certains sont périssables或能朽; certains sont mélangés或杂; certains sont créés或成; certains sont vivants 或生; certains ont la perception或知觉; certains sont inexprimables或不能理论; certains se déplacent或走; certains ont des pieds或有足; certains sont des animaux domestiques或家畜. Cela montre qu’il n’a pas été en mesure d’exprimer l’abstraction des « indépendant », c’est-à-dire la relation entre les substances et les seconds existants. Aristote considère que les substances, dans le sens le plus strict, le plus primitif et le plus fondamental, ne se réfèrent pas à un sujet particulier et n’existent pas non plus dans un sujet particulier, comme des « individus » spécifiques tels que « humains », ou « cheval ». La raison pour laquelle la première substance est considérée comme plus réelle que les autres choses est qu’elle est le support de toutes les autres choses, qui sont soit utilisées pour l’exprimer, soit existent en elle.33

Ainsi, dans le Vrai sens du Seigneur du Ciel de Matteo Ricci, la catégorie des « autonomes » 自立者est celle qui est la plus confuse. C’est l’effort de Matteo Ricci pour tenter de concilier la logique occidentale et la pensée chinoise. Les onze formes qu’il a énumérées ne sont toujours pas en mesure d’exprimer la catégorie de « substance ».

 

32 Wang Jianlu soutient que La traduction et la compréhension d'Aristote par Li Zhizao dans L'exploration des noms et des principes ne sont pas réussies. « Après cette analyse, on peut voir que les concepts ‘Comment’ et ‘Quand’ sont totalement différents des concepts d'Aristote de 'qualité' et de 'temps'. Les deux catégories d'Aristote, 'qualité' et 'temps', sont des idées générales existant réellement, des 'universaux' cognitifs. Elles expliquent les particularités des choses individuelles considérées prioritairement par la logique occidentale. Cependant, l'ancien chinois est différent. Il divise des ensembles en parties et priorise l'ensemble comme source des objets particuliers, et les objets particuliers ne sont que des parties extraites de l'ensemble que le 'nom' indique et désigne. Ce sont deux idées complètement différentes. Par conséquent, si l'on traite les concepts d'Aristote avec la pensée de l'ancien

chinois, on commettra des erreurs fondamentales. » 王建鲁彭自强(Wang Jianlu, Peng Ziqiang),<范畴篇>十范畴<名理探>十伦比较分析》 (Analyse comparative de Dix catégories dans les Catégories et L'exploration des noms et des principes),《哲学研究》(Zhexue Yanjiu, Études philosophiques), 2010.

33 苗力田主编 (Mi Litian),《亚里士多德全集》(Œuvres complètes d'AristoteⅠ), 中国人民大学出版社

(Éditions de l'Université du peuple), 2017, pp. 6-7.

 

Présentation de l’auteur

Professeur invité à l'Université des Langues et Cultures de Beijing, rédacteur en chef de l'International Sinology.

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