Arts autour du monde est une revue scientifique annuelle consacrée à l’étude des différents thèmes d’intérêt pour les arts et les esthétiques du monde. La revue regroupe des articles d’éclat et diversité des thèmes, proposés par des littéraires, des historiens, des philosophes, des linguistes, des sociologues de l’art, qui collaborent dans une perspective interdisciplinaire.

Le paradoxe du sujet et du monde dans la phénoménologie husserlienne: figure d'un dilemme intellectualiste?

Cet article analyse le paradoxe du sujet et du monde dans la phénoménologie de Husserl, en questionnant son ancrage dans une orientation intellectualiste. À travers la réduction phénoménologique, Husserl cherche à élucider le lien entre sujet et monde, mais rencontre des limites méthodologiques. Partant de La Crise, où le concept de Lebenswelt introduit une réduction distincte de celle d'Idées I, il tente de résoudre ce paradoxe: comment le sujet, tout en appartenant au monde, peut-il en être le fondement ultime du sens? Cependant, en subordonnant le monde à la subjectivité transcendantale, Husserl perpétue une tendance intellectualiste-idéaliste qui affaiblit sa démarche génétique. L'article met en lumière que cette tension découle des méthodes husserliennes, notamment le « principe des principes » de Wesenserschauung et la théorie des esquisses, qui tout en cherchant à préserver la transcendance, fixent son mode d'être dans l'immanent. Cependant, l'exploration de la corporéité dans Idées II, avec la double nature du corps propre (Leib/Körper), suggère qu'une conception incarnée du sujet aurait pu offrir une voie pour dépasser ce paradoxe. Bien que Husserl ne résolve finalement pas ce dilemme, sa mise en évidence demeure féconde. L'autrice propose de lire ce paradoxe comme un point de départ dynamique, de sorte que l'on puisse transformer sa contrainte en une force formatrice et son ambivalence en un élan philosophique.

Une interprétation de l'ontologie du niveau chez Merleau-Ponty

Nous suivons le pas de la proposition de Fabrice Colonna d'interpréter l'ontologie du dernier Merleau-Ponty à partir de la généralisation de la notion du « niveau-écart » de gestaltiste, en identifiant le niveau au monde. Mais nous notons que chez les gestaltistes le corps propre est un niveau, dès lors que chez Merleau-Ponty, il affirme clairement que le corps propre est le mesurant de tout, c'est-à-dire qu'il est le niveau. Dès lors émerge le problème de deux références du système perceptuel, le corps propre et le monde. Nous analysons leur relation et donnons une définition de la chair du monde, en n'oubliant pas le sens de la chair mienne. Cela nous conduit à une cosmologie qui fait une genèse de la division et de l'unité du monde-phénomène et le corps propre.

La réversibilité du moi et du monde comme Einfühlung ontologique chez Merleau-Ponty

« C'est la montagne elle-même qui, de là-bas, se fait voir du peintre, c'est elle qu'il interroge du regard. » Lorsque l'on trouve cette phrase de Merleau-Ponty dans son ouvrage l'œil et l'esprit, on pourrait aussitôt remettre en question le panpsychisme qui imprègne sa dernière pensée. Mais le philosophe lui-même précise en même temps que cette idée ne se rapporte pas à l'hylozoïsme. Comment pouvons-nous comprendre alors, cette continuité ontologique, cette réversibilité symétrique décrite par Merleau-Ponty, malgré l'asymétrie vécue entre le moi et le monde? A ce propos, Merleau-Ponty propose la notion de l'Einfühlung qui repose sur la circularité entre le moi et l'être. En rejetant le centre égoïque et soulignant le rapport à deux faces, l'Einfühlung merleau-pontienne se démarque de l'Einfühlung esthésiologique husserlienne. Tout en s'écartant de la séparation absolue, et de même de la fusion complète schélérienne, l'Einfühlung ouvre sur la possibilité d'une réversibilité imminente entre le moi et l'être. Nous nous attacherons donc à montrer comment l'Einfühlung se manifeste en tant que processus relationnel percevant-perçu, au sens de ce qui est toujours en cours d'incarnation inachevée. Par conséquent, nous aborderons le « prodige de l'existence charnelle », selon lequel la chair du monde n'est pas extérieure à la chair du corps, mais plutôt empiète sur celle-ci.

La constitution phénoménologique de l'espace dans l'esthétique japonaise: De l'espace phénoménal à l'ontologie du lieu

Cet article explore la question de la spatialité en établissant un dialogue entre la phénoménologie occidentale et la pensée japonaise, à travers le concept central de Ma (間). Si dans la tradition philosophique occidentale, l'espace est souvent abordé comme une abstraction géométrique (Descartes, Newton), la spatialité japonaise se distingue par son caractère relationnel, intuitif et vécu, à travers le prisme de la phénoménologie. Le Ma désigne un interstice dynamique et une distance qui relie tout en séparant, offrant une conception spatio-temporelle singulière, perceptible dans les arts, l'architecture, la poésie et les relations humaines. Nishida Kitaro, figure clé de l'école de Kyoto, élabore une « logique du lieu », où l'espace naît d'un vide générateur (basho) plutôt que d'une substantialité. Watsuji Tetsuro, quant à lui, propose une éthique relationnelle fondée sur le concept de Fudosei (風土性), où l'existence humaine s'inscrit dans un milieu dynamique. En comparant ces approches avec la pensée tardive de Heidegger (le Geviert), cette recherche montre que le Ma ne constitue pas seulement un thème esthétique ou culturel, mais également un outil philosophique pour repenser la structure ontologique de l'espace et du temps. Enfin, des exemples issus de l'art contemporain japonais, notamment avec le mouvement Mono-ha et les œuvres de Lee Ufan, illustrent la manière dont le Ma se manifeste dans la création plastique comme un lieu de rencontre et de dialogue silencieux entre les choses.

De l'Imagination Transcendantale à l'Auto-affection — La construction et la déconstruction du schème temporel

Le schématisme vise à établir les fondements de la possibilité de l'expérience et se manifeste comme schème temporel qui relie la sensibilité et l'entendement. Dans les interprétations phénoménologiques classiques, à travers la fondation transcendantale et ontologique du schème par Husserl et Heidegger, le temps est finalement compris comme « imagination transcendantale ». Au contraire, Henry dévoile que le schème est essentiellement un horizon extatique sans pouvoir fournir une véritable expérience. Il propose ainsi un temps de vie plus originaire, un « présent vivant » auto-affectant, sans ek-stase ni horizon. La substitution de l'auto-affection à l'imagination transcendantale met en lumière l'occultation du temps par la phénoménologie transcendante régnée par le schématisme.

L'intelligence artificielle: facteur d'innovation pour l'enseignement du français dans les établissements supérieurs en Chine

Aujourd'hui, les méthodes traditionnelles d'enseignement du français en Chine font face à des défis significatifs, soulignant ainsi la nécessité d'innovations pédagogiques. Avec l'évolution rapide de la technologie, l'intelligence artificielle(IA) révèle un potentiel considérable dans de nombreux domaines, et tout particulièrement dans le secteur éducatif, où elle devient un moteur important de réforme. À travers trois dimensions, à savoir les ressources pédagogiques, la personnalisation des parcours d'apprentissage et l'efficacité des méthodes d'évaluation, cet article vise à explorer l'utilisation de l'intelligence artificielle pour favoriser l'innovation dans l'enseignement du français en Chine, tout en développant de nouvelles stratégies pour former des diplômés polyvalents.

Les dilemmes sensibles du prolétariat et les voies de libération pratique dans la perspective esthétique de Stiegler: Analyse de la pensée esthétique de Stiegler

Bernard Stiegler, en adoptant une perspective esthétique, considère chaque individu comme un prolétaire ayant perdu ses connaissances. Il le positionne comme sujet de la critique sociale pour réfléchir aux conditions réelles d'existence des individus dans le contexte du consumérisme. Stiegler aspire à éveiller la prise de conscience des enjeux sensibles en révélant des dilemmes tels que la pauvreté des expériences esthétiques, l'homogénéisation des identités esthétiques et l'effondrement des désirs esthétiques. Pour atteindre cet objectif, il fonde une théorie générale de l'organologie et développe l'organologie sensorielle, qui analyse en détail les relations dynamiques entre l'individu, la technologie et la société dans les activités sensorielles. Guidé par les principes de l'organologie, Stiegler propose des stratégies pratiques pour surmonter les dilemmes sensibles, tant au niveau collectif qu'individuel. Son projet vise à libérer les individus des crises esthétiques, à reconstruire l'expérience esthétique et à établir une préoccupation esthétique tournée vers la création, la liberté et l'avenir, afin d'atteindre une forme de rédemption personnelle.